OBSERVATION XI
(Genairon et Favre. — Loire médicale, 1904.)
Méningite suppurée consécutive à une pleurésie diaphragmatique également suppurée et simulant l'éclampsie chez
une femme accouchée.— Mort. — Autopsie.
Femme tertipare, entrée le 26 novembre 1904 dans le service du D' Duchamp. Six jours auparavant, douleur brusque dans l’hypocondre droit et l'épaule droite, On croit â une colique hépatique. Température 38°5.
Le 26, la malade entre à la Maternité, elle est en travail. À son entrée se plaint de maux de tête, subdélire. Température 4o0r. Accouche spontanément à 11 heures du soir d’un enfant vivant. À minuit le délire s’accuse, secousses convulsives dans les membres. À 2 heures du matin, coma. Réflexes exagérés. Secousses convulsives des membres, lorsqu'on veut provoquer des mouvements passifs. Pas de convulsions
de la face,
Foie gros. Cœur normal. Pouls petit, rapide. Température 3902. Urines renfermant un fort disque d’albumine. Pupilles dilatées et inégales.
Le 27, à 10 heures, saignée, lavement de chlora! ; à 11 heures, ponction lombaire qui donne 12 centimètres cubes de liquide ambré légérement louche sans pression. Au microscope, le liquide centrifugé renferme une quantité énorme de polynucléaires et de diplocoques encapsulés non intra-cellulaires. Mort à midi.
Autopsie. — Cavité purulente de la plèvre diaphragmatique droite renfermant trois cuillerées de pus verdâtre.
Foie, utérus et annexes normaux. Reins gros,blanchâtres, substance corticale épaissie, capsule s’enlève mal. Poumons congestionnés. Pas de pneumonie nette.
Méninges couvertes sur toute leur étendue d’un pus épais, verdâtre. Un peu de pusdans les ventricules.
Le pus de la pleurésie et de la méningite donne à la cul-
ture des diplococci dont quelques-uns sont unis en çhaïnettes
ÔBERVATION XII
(Gazette Médicale des Hôpitaux, 19 juillet 1904.) F. Widal et Lemierre.)
Fièvre puerpérale à coli-bacilles avec méningite suppurée. — Mort. — Aulopsie G..., vingt-neuf ans, entre le 18 février 1903 à l'hôpital o Cochin. Cette femme présente une agitation incessante et du délire ; il est impossible d'obtenir d'elle le moindre rensei-
gnement ; le faciesest vultueux. La température est 3804. La
langue est sèche et rosée. On ne trouve aucun signe de paralysie, ni raideur de la nuque, ni signe de Kernig. L'examen des organes reste absolument négatif; on constate seulement une albuminurie assez abondante. La malade a été reçue dans la journée dans un service de chirurgie. On l’a considérée comme une urémique et on a pratiqué une saignée ; puis on l’a passée en médecine. Rien du reste dans l'examen de cette femme ne plaide en faveur de l’urémie et l’on doit abandonner ce diagnostic.
Voici les renseignements que lon a pu obtenir, par la suite, du mari. La malade était enceinte de six mois ; le 14 février, elle a été examinée par une sage-femme qui aurait constaté une grossesse normale en évolution régulière.
Brusquement, le 16 février, à 4 heures, elle se plaint d'une céphalagie légère : en même temps, elle éprouve les premières douleurs de l'accouchement, et avorte quelques heures plus tard. La céphalalgie s’accentue, localisée surtout à la nuque. Le soir, la malade a des vomissements et de la diarrhée. La céphalée et les vomissements persistent jusqu'au lendemain dans la journée, moment où la malade com mence à délirer jusqu’à son entrée à l'hôpital.
Au moment de l’entrée de la malade, on constate un léger écoulement fétide par la vulve, et l’on retire du vagin un tampon d’ouate imbibé d’un liquide sanieux et d’odeur putride.
Le 19 février au matin. — Température 39 degrés. La
à malade est plongée dans le coma. On pratique une ponction lombaire qui donne un liquide franchement purulent. La
malade ne sort pas du coma et meurt dans la nuit suivante.
Autopsie. — L'utérus est enlevé par la voie vaginale trois heures après la mort: il est très volumineux: sa cavité, élargie, présente des parois tomenteuses recouvertes d’une sorte de putrilage gris rougeâtre d’odeur fétide. On pratique tout de suite des ensemencements.
A l'ouverture du crâne, aspect louche des méninges cérébrales. Traînées purulentes à peine appréciables au niveau des scissures cérébrales. Méninges congestionnées, épaisses, légèrement adhérentes ; au niveau des méninges spinales, couche purulente épaisse formant à la moelle un demi manchon postérieur d’une épaisseur de 2 millimètres.
Reins volumineux ; substance corticale blanchâtre avec des traînées rougeâtres, se décortiquant bien. Le foie, le cœur, les poumons sont normaux. L'intestin est intact.
Examen histologique. — Des coupes pratiquées sur l'utérus montrent que la muqueuse utérine a complètement disparu. Elle est remplacée par une sorte de magma formé de globules rouges et de leucocytes polynucléaires. Au milieu dece magma se voient de nombreux microbes : cocci et bâtonnets. On note seulement que dans les couches profondes les cocci ont disparu et l’on ne trouve plus que des bâtonnets très nombreux. On retrouve également ceux-ci dans le muscle utérin sous-jacent, suivant probablement des espaces lymphatiques. On en trouve enfin au voisinage et à l’intérieur même des larges sinus sanguins du muscle : utérin. Ces bâtonnets ne prennent pas le Gram.
Des coupes pratiquées au niveau du cerveau et de la moelle montrent que l’exsudat méningé est très riche en globules blancs polynucléaires, au milieu desquels se trouvent de
nombreux bâtonnets. On retrouve ces polynucléaires et ces
Dog
bâtonnets dans les gaînes lymphatiques des vaisseaux, en pleine substance cérébrale et médullaire.
Examen bactériologique. — Examen du pus retiré par la ponction lombaire le 19 février 1903. A l’examen direct, nombreux bâtonnets courts et trapus, ne prenant pas le Gram. |
Les cultures donnent à l’état de purété un colibacille légitime.
19 février. — Ensemencement de 5 centimètres cubes de sang dans {00 centimètres cubes d'eau peptonée. En vingtquatre heures, culture pure de colibacille.
Ensemencement de la surface interne de l'utérus ; prise en
différents points de cette surface.
Cultures pures de colibacille.
Inoculations. — Inoculation sous la peau d’un lapin de 1k.950 de 4 centimètres cubes de culture de vingt-quatre heures du colibacille isolé du liquide céphalo-rachidien.
Ce lapin meurt en quinzeheures ; l'ensemencement de ses organes donne du colibacille en culture pure.
Inoculation à un lapin de 2 k. 910 de 4 centimètres cubes d’une culture de vingt-quatre heures du colibacille isolé du sang. |
Le lapin maigrit pendant quelques jours puis se rétablit.
Agglutination.— Lesérum de ia malade n'agglutine aucun des colibacilles isolés.
Le sérum du lapin inoculé avec le colibacille du sang et ayant guéri agglutine à 1/50 le colibacille du liquide céphalorachidien, le colibacille du sang et un colibaccille isolé de
l'utérus sur cinq échantillons isolés de cet organe.
Observations dans lesquelles le diagnostic
a été fait primitivement