‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 100 sur 322 · XXX AOUT. — P. JACQUES CACHOD · texte numérisé non relu

XXX AOUT. — P. JACQUES CACHOD

Cachod. Il y a huit ou dix ans qu'il est presque incessamment occupé aux œuvres de charité, où il y a le plus de péril. L'année 1707 que la peste fut si furieuse qu'elle emporta près d'un tiers de Constantinople, ce Père m'écrivait la lettre qui suit : Maintenant je me suis mis au-dessus de toutes les craintes que donnent les maladies contagieuses ; et, s'il plaît à Dieu, je ne mourrai plus de mal après les hasards que je viens de courir. Je sors du bagne, où j'ai donné les derniers sacrements et fermé les 3'eux à quatre-vingtsix personnes, les seules qui soient mortes en trois semaines dans ce lieu si décrié, pendant qu'à la ville et au grand air les gens mouraient à milliers. Durant le jour, je n'étais, ce me semble, étonné de rien ; il n'y avait que la nuit, pendant le peu de sommeil qu'on me laissait prendre, que je me sentais l'esprit tout rempli d'idées effrayantes. Le plus grand péril que j'aie couru, ajoute-t-il, et que je ne courrai peut-être de ma vie, a été à fond de cale d'une sultane de quatre-vingt-deux canons. Les esclaves, de concert avec les gardiens, m'y avaient fait entrer sur le soir pour les confesser toute la nuit, et leur dire la messe de grand matin. Nous fûmes enfermés à doubles cadenas, comme c'est la coutume. De cinquante-deux esclaves que je confessai et communiai, douze étaient malades, et trois moururent avant que je fusse sorti. Jugez quel air je pouvais respirer dans ce lieu renfermé et sans ouverture. Dieu qui par sa bonté m'a sauvé de ce pas-là, me sauvera de bien d'autres ».

Lettre du P. Tarillon à M. le Comte de Ponchartrain, Lettres édif. édit. Aimé-Martin, Paris, 1841, t. i, p. 29, 31.

* Le trentième jour d'août de l'an 1660, mourut dans la maison professe de Prague le P. Adam Krawarski, né en Silésie dans le diocèse de Breslau, « choisi par une Providence spéciale de Dieu, dit le P. Guillaume Lamormaini, confesseur de l'empereur Ferdinand II, pour sauver ou rétablir la foi catholique en Bohême ». Et cependant lorsqu'il se présenta, à l'âge de vingt-deux ans, à la porte du noviciat de Brûnn, les supérieurs hésitèrent longtemps à la lui ouvrir. Admis enfin comme par pitié, il fut occupé aux travaux de la cuisine et chargé pendant l'hiver de l'entretien des feux dans la maison. Après l'émission de ses vœux, lorsque ses condisciples moins âgés que lui étaient envoyés en philosophie, il se vit retenu pendant quatre ans, comme incapable d'occupations plus relevées, auprès des abécédaires, et il aurait langui plus longtemps encore dans cet emploi, si le Père Visiteur, Théodore Busée, ne l'avait envoyé en philosophie. Ses mécomptes ne s'arrêtèrent pas là ; car après un brillant examen à la fin du cours, il fut, on ne sait par quelle méprise, appliqué à l'étude de la théologie morale, comme s'il avait mal soutenu l'épreuve. Adam Krawarski ne dit pas un mot pour se plaindre, mais, comme il en fit lui-môme l'aveu, il ressentit cruellement cette longue série d'humiliations.

Dieu 1b préparait ainsi aux grandes choses qu'il voulait accomplir par son mo3'en. Peu d'hommes en effet ont plus travaillé pour la sainte Eglise et rendu à la Province de Bohême de plus signalés services. Les hérétiques arrachés par lui à l'erreur et ramenés à la vérité s'élèvent au chiffre de trente-deux mille cinq cents. Il emporta de haute lutte, on peut le dire, ces conversions, non seulement par la prière, la pénitence, l'exemple de ses vertus, mais encore

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