XXX AOUT. P. ADAM KRAWARSKI
par la force irrésistible de sa parole et certaines qualités extérieures qui ne manquent jamais d'exercer un grand empire sur le peuple : une vraie tète de lion, dit un de ses biographes, une taille majestueuse, une large poitrine, une voix puissante et un talent extraordinaire pour s'insinuer doucement dans les cœurs et les gagner. Il prêchait toujours la Bible ouverte sous ses yeux ; et en commençant protestait à genoux devant Dieu et les saints qu'il s'abandonnait à la colère du Tout-Puissant s'il lui arrivait, par malice et sciemment, d'émettre une seule proposition qui ne fût pas conforme à la vérité. Il entrait ensuite en matière, et démontrait avec tant de vigueur et d'évidence les points qu'il s'était proposé d'établir, que les plus obstinés étaient obligés de se rendre. Un jour, après une de ses prédications, quatre-vingts hérétiques des plus notables se déclarèrent vaincus et prêts à faire leur abjuration entre ses mains.
A la vue de ces merveilles de conversion, opérées parfois au milieu de populations rebelles jusque-là à tous les efforts, des princes, de grands seigneurs formèrent le projet d'appeler la Compagnie d'une manière fixe à leur secours, et c'est ainsi que la Province de Bohême doit au P. Krawarski la fondation de plusieurs de ses établissements, entr'autres le collège et la maison professe de Prague. Ces œuvres, on le comprend, n'étaient pas sans soulever de violentes contradictions. Plus d'une fois des fanatiques attentèrent aux jours du serviteur de Dieu ; ils déchargèrent leurs arquebuses contre lui ou l'assommèrent presque à coups de bâton. Mais rien ne pouvait ni l'effrayer ni l'arrêter. Pour toute vengeance, il priait et offrait le saint Sacrifice à l'intention de ses persécuteurs et de ses meurtriers.
Homme de zèle et homme d'action, le P. Krawarski était encore homme de prière. Dans l'intervalle de ses missions et dans les dernières années de sa longue vie, il consacrait chaque jour de longues heures à ses entretiens avec Dieu. C'était son invariable coutume de faire tous ses exercices de piété à genoux et sans appui. Il ne montait à l'autel qu'après avoir entendu deux messes et il en consacrait deux autres à l'action de grâces. Il célébrait le saint Sacrifice avec tant de respect et de ferveur que les fidèles répétaient avec admiration : a Oh ! que ce prêtre dit bien la messe » ! Souvent il passait les nuits entières en oraison. Pendant l'octave de la Fête-Dieu, il ne quittait pour ainsi dire pas un seul moment le pied du tabernacle. Fidèle observateur de la vie commune, il ne souffrit jamais une seule exception, et jusque dans sa vieillesse il refusa, pour les petits soins de sa chambre, le service des Frères. Enfin, ce grand serviteur de Dieu et des âmes, « ce triomphateur, ^>ir triumpliaUs », comme l'appelle un de ses biographes, les mains chargées des glorieuses dépouilles arrachées à l'enfer et des mérites conquis par tant de travaux et de vertus, s'endormit très saintement dans le Seigneur à l'âge de soixante-quinze ans, dont il avait passé cinquante-trois dans la Compagnie.
Summar. vitse defunctor. Provinc. Bohem. — Elogium vilee R. P. Adami Krawarski, pp. 23 in 4" {Archiv. Rom.}. — Balbinus, Bohemia Sancta, part. 2" , titul. 67, p. 139. — Krugerius, Sacri Pulveres, 30» aug., p 167. — Tanner, Societ. Jesu apostol. imitât., p. 858. — Nadasi, Annus dier. memor., ^O'^aug., p. 133. — Drews, Fasti, 20^ aug., p. 335. — Patrignani, Menol., 30 agost., p. 242. — Schmidl, Histor. Provinc. Bohem., t. 2, 3, 4, 5 passim.. Cf. Indicem. — Cassani, Yarones ilustres, t. 3, p. 304-324.