‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 104 sur 322 · XXXI AOUT. F. ANDRÉ POZZO · texte numérisé non relu

XXXI AOUT. F. ANDRÉ POZZO

religieux se laissa faire sans un mot de plainte ni un signe de mécontentement.

Ce n'est pas le lieu de parler des œuvres du peintre et de l'architecte à Turin, à Gênes, à Vienne, et surtout à Rome dans les églises de Saint-Ignace et du Gesù ; ce qui nous intéresse et ce qu'il faut relever, c'est que le F. Pozzo était avant tout un vrai fils de la Compagnie et un saint religieux. Jamais il ne mettait la main au travail avant d'avoir achevé ses exercices de piété ; et dès que la cloche sonnait pour l'examen, la lecture ou l'exhortation, il laissait aussitôt toute chose et descendait de son échafaudage : « Vive Dieu ! disait-il ; allons où nous appelle l'obéissance. »

Quand il devait exposer quelque tableau pour la première fois, il commençait par faire une heure d'oraison, afin de recevoir sans détriment pour son âme les critiques ou les louanges. A le voir alors humble et modeste, on reconnaissait sans peine, disait un cardinal, que le bon Frère ne cherchait pas sa gloire, mais uniquement celle de Dieu. Sa réputation de sainteté était bien établie à Rome. Quand il alla avec ses élèves se présenter au Souverain Pontife Clément XI, avant de partir pour Vienne, où il était appelé par l'empereur Léopold, le Saint-Père recommanda à ces jeunes gens d'avoir encore plus à cœur d'imiter les vertus de leur maître que de profiter de ses leçons. Le F. Pozzo fut accueilli avec une grande bienveillance à la cour de Vienne et chargé de différents travaux dans la chapelle du palais. Un jour l'empereur était allé le voir et s'était entretenu longtemps et familièrement avec lui. Comme on le félicitait de ce témoignage de haute condescendance : a Oh ! que je serais heureux, répondit-il avec un grand sentiment d'humilité, si j'avais avec Notre-Seigneur cette intimité A. G. I. — ï. II, — 23.

dont ce prince a daigné m'honorer ». Le F. Pozzo mourut très saintement six années après son arrivée à Vienne ; il était âgé de soixante-sept ans et en avait passé quarante-quatre dans la Compagnie.

Patrignani, Menol., 31 agost., p. 253. — Guidée, Menol., 31 août, p. 274. — SoMMERvoGEL, BibUotli.^ t. 6, p. 1143. — Duhr, Jesuiten Fabeln, p. 682. — Feller, Dicdonn. histor., t. 5, p. 134. — Biographie univers., t. 35, p. 598. — Nouvelle biogr. génér., Didot, t. 40, p. 955.

DE

ASSISTANCE DE GERMANIE

PREMIÈRE SÉRIE

1er SEPTEMBRE

Le premier jour de septembre de l'an 1637, mourut glorieusement en Poméranie le P. Mathias Krampel, martyr de son zèle apostolique pour le salut des âmes. 11 n'était prêtre que depuis cinq ans, dont il avait passé la plus g-rande partie au service des armées impériales. Insatiable de travail, il trouvait encore le temps, là où il pouvait s'arrêter quelques jours, de réunir les enfants, de leur expliquer le catéchisme et d'en faire les apôtres de leurs familles. Dans les campements du Tyrol, il s'était exposé vaillamment au service des pestiférés. Le fléau l'avait épargné. Dieu lui réservait une autre fin, plus belle encore peut-être.

L'armée impériale assiégeait une place forte en Poméranie. Le P. Krampel avait aperçu parmi les colonnes d'assaut un officier

frappé d'une balle à la tête et gisant à terre dans son sang. Aussitôt il courut à lui sous une pluie de feu ; mais pendant qu'il entendait sa confession , un boulet de canon parti des remparts vint lui briser à lui-même les deux jambes. Portés ensemble à l'ambulance, les deux blessés furent placés à côté l'un de l'autre ; et pendant trois jours qu'il survécut encore, l'intrépide aumônier ne cessa, oublieux de ses propres souffrances, de préparer son cher compagnon à paraître devant Dieu. Ils furent ensevelis ensemble aux pieds du grand autel, dans l'église de la forteresse, enfin prise d'assaut. Le P. Krampel n'avait que trente-trois ans, il en avait passé treize dans la Compagnie.

ScHMiDL, Histor. Proi'inc. Bo/iem., t. 5, lib. 1, n. 51, p. 77 ; lié. 2, n. 97, p. 396.

* Le premier jour de septembre de l'an 1755, au juvénat de Skalitz dans la Province d'Autriche, mourut très saintement le F. Scolastique Joseph Unterberger, lentement consumé par une maladie de poitrine. L'angélique pureté de son Ame se reflétait dans les traits de son visage ; sa modestie aimable et sans contrainte ravissait les coeurs et les portait à Dieu ; sa fidélité à toutes nos règles était parfaite, on pourrait dire héroïque ; il les garda jusque dans les souffrances de sa maladie et dans les bras de la mort. Quelque temps avant de rendre le dernier soupir, a3'ant entendu le prêtre qui l'assistait dire que c'était bientôt l'heure de midi : « En ce cas, reprit-il, que Votre Révérence veuille bien s'éloigner un peu, je vais faire mon examen ».

jer SEPTEMBRE. F, JOSEPH UNTERBERGER. 181

Dans les courts moments de répit que lui laissait son mal, le F. Unterberger se livrait à ses études de juvéniste comme si elles avaient dû lui être utiles plus tard, bien persuadé, dit l'annaliste, que la meilleure préparation au voyage de l'éternité était de donner à l'obéissance tous les instants dont il pouvait disposer encore. Quand on lui porta le saint viatique, il accueillit son Sauveur avec des actes de foi, d'espérance et de charité si pieux et si touchants, que les larmes jaillirent de tous les yeux. Peu après, le F. Unterberger s'endormit doucement dans le Seigneur, en pleine possession de lui-même et répétant les noms de Jésus et de Marie. 11 n'avait que vingt-et-un ans et en avait passé près de trois dans la Compagnie.

Litterse ann. Provinc. Ausir., anno 1755 (Arc/m>. Rom.).

Page 1