XXV SEPTEMBRE. — P. JEAN ZEHENDER
fut assaillie des deux côtés par les calvinistes de Bacharach et de Kaub, également renommés pour leur fanatisme et leur avidité sacrilège de l'or et du sang des catholiques. Les premiers se contentèrent cependant de piller le jésuite et de l'accabler de coups et d'injures ; ils le firent avec tant d'impudence et d'inhumanité, qu'un matelot hollandais, retenu trois ans esclave sur les galères des Turcs, disait n'avoir jamais rien vu de pareil. Mais à Kaub, ces jeux cruels parurent trop bénins, et une bande furieuse, après avoir de deux coups de mousquet renversé à terre le P. Thelen, se précipita sur lui, le"^ poignard à la main, et ne cessa de lui déchirer la tête, le cou et les épaules jusqu'à ce qu'il eût expiré tout couvert de plaies. Il était âgé de trente-deux ans et en avait passé huit dans la Compagnie.
Litterss ad P. Mutiuni Vùellesc/n, Moguntia', 23 oclob. 1620. (Necrol. Provinc. Rheni Superior. Arch. Rom.}. — Reiffenberg, Histor. Provinc. Rheni Infer., p. 518, et Mantissa sive append., ibid., p. 110. — Coudara., Historia Societ. Jesu, part. 6*, lib. 5, n. .36, p. 239. — Alegambe, Mortes illustres, p. 318. — Damianus, Synopsis Societ. Jesu, lib. 6, c. 5, p. 306. — Tanner, Societ. Jesu milit., p. 90. — Nadasi, Ann. dier. mentor., 25^ sept., p. 185. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 25 sep t., p. 375. — P.ATBiGNANi, Mcfiol., 25 sctt., p. 222. — d'Oultreman, Tableaux des personnages signale'z.,., p. 509.
* Le vingt-cinquième jour de septembre de l'an 1613, mourut à
Vienne en secourant les pestiférés le P. Jean Zehender, né en
Souabe de parents hérétiques. .Jusqu'à l'âge de vingt-six ans, il
était demeuré très attaché à l'erreur et passait même pour un de
ses plus habiles champions. Il assistait un jour à une solennelle dispute entre le P. Théodore Busée, Recteur du collège de Molsheim, et l'un des plus fameux ministres de la secte ; voyant celuici faiblir, il prit résolument sa place et continua la lutte. Il le fit avec tant de mesure, de courtoisie, de loyauté, que le P. Busée en fut dans l'admiration, et n'hésita pas à prédire aimablement à son adversaire qu'on le verrait un jour catholique et même jésuite. La prédiction se vérifia.
Mais avant de se rendre, Jean Zehender eut à soutenir de terribles combats contre lui-même. Ebranlé dans ses croyances, il ne pouvait se résoudre à reconnaître qu'il s'était trompé jusque là ; il essaya quelque temps encore de fermer les jeux et continua d'enseigner comme auparavant. Enfin la vérité fut pleinement victorieuse ; il se déclara vaincu. Son retour à la foi romaine souleva une tempête de colères dans le camp ennemi. Ses anciens coreligionnaires le provoquèrent au combat ; il les réduisit tous au silence. Elevé au sacerdoce peu de temps après, il se rendit à Rome et suivit les cours de théologie au Collège Germanique. Mais la pensée qu'il avait été autrefois un ministre d'erreur et avait employé ses talents à éloigner les âmes du bercail de Jésus-Christ, ne cessait de le poursuivre et le remplissait de tristesse. Pour réparer ce mal autant que possible, il résolut d'embrasser la vie apostolique dans la Compagnie de Jésus.
Devenu enfant de saint Ignace, et renvoyé en Allemagne, il y travailla avec un zèle ardent à la conversion des hérétiques. Il y souffrit de leur part mille injures et mauvais traitements ; mais rien ne put ni l'effrayer ni le rebuter, et il eut la consolation d'en ramener un grand nombre à la véritable Eglise. Ces triom-