IX OCTOBRE
Le neuvième jour d'octobre de l'an 16o9, mourut au Collège Romain, à l'àg-e de vingt-cinq ans, le F. Wenceslas Kolowrat, d'une des plus illustres familles de la Bohème, insigne bienfaiteur de la Compagnie, et jugé digne, par sa sainte vie, d'être enterré sousl'autel de saint Louis de Gonzague, à côté de saint Jean Berchmans^ comme fidèle imitateur de leurs vertus. Son père, le comte Léon. Kolowrat, apprit dans notre collège de Gitschin, que Dieu venait de lui donner un fils ; tombant aussitôt à genoux, il remercia Notre-Seigneur et lui offrit généreusement pour sa Compagnie ce premier et unique rejeton de sa race. Quant à la pieuse mère de Wenceslas elle alla, le jour de la Nativité de la sainte Vierge, déposer elle-même son fils sur l'autel de Notre-Dame de Grupna, et chaque année à pareil jour, elle renouvela son offrande. Plus tard,, quand le jeune Wenceslas lui découvrit sa résolution de quitter le monde, elle voulut encore, avant de lui en donner la permission,, prendre conseil de la très sainte Mère de Dieu, et se rendit nupieds, à plusieurs lieues de distance, au célèbre pèlerinage de No-^ tre-Dame de Bunzlau, où elle s'approcha de la sainte table, et après avoir reçu le corps de Notre-Seigneur, consomma héroïque-
ment le sacrifice qui lui était demandé au nom de Dieu. « Allez, mon fils, lui dit-elle, et ne dégénérez jamais des hautes pensées d'un enfant de Dieu ; car en vérité, si vous manquiez de constance, je ne consentirais plus à vous reconnaître pour mon fils ».
Le F. Kolowrat vécut neuf ans dans la Compag-nie ; loin de laisser affaiblir la haute idée qu'il avait conçue de sa vocation, il avouait, dans les derniers temps de sa vie, qu'elle lui paraissait plus belle de jour en jour. Aussi ranimait-il sans cesse sa résolution de devenir un grand saint ; il était décidé, si l'obéissance le lui eût permis, à souscrire de son sang le vœu de faire en toute chose ce qu'il croirait être le plus parfait. Une de ses industries les plus chères et les plus utiles était de renouveler continuellement, sur les grains de son chapelet, des actes d'humilité, de foi, d'espérance, de charité et d'adoration du très Saint Sacrement de l'autel. Il avait soif de mépris et de souffrances, à l'exemple de Notre-Seigneur ; l'obéissance seule mettait des bornes à ses austérités.
Dans sa dernière maladie, il avait prié un de ses frères de lui suggérer chaque matin un motif particulier d'unir ses douleurs à celles de Jésus en croix, comme la glorification de la Sainte Trinité, la délivrance ou le soulagement des âmes du purgatoire, le sahit des pécheurs, et d'autres intentions non moins excellentes ; cette pensée suffisait tout le jour à lui rendre aimables et douces ses plus vives souffrances. Une seule fois, il parut craindre de tomber dans le délire et d'être ainsi privé du bonheur de prier et de penser à Dieu ; mais il ne lui fallut qu'un moment pour retrouver sa sérénité première. Quand il eut reçu le saint viatique, il fut inondé d'une telle plénitude de joie, qu'il avait peine à la con-