‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 179 sur 322 · XVI OCTOBRE · texte numérisé non relu

XVI OCTOBRE

Le seizième jour d'octobre de l'an 1651, mourut saintement au collèg-e de Burghausen le P. Guillaume Veilhamer, âg-é de quatrevingt-trois ans, dont il avait passé cinquante-huit au milieu du monde et vingt-cinq seulement dans la Compagnie. Comblé des témoignages d'estime les plus flatteurs par les ducs de Bavière, le Souverain Pontife Clément VllI et l'empereur Ferdinand II, il avait refusé les honneurs d'une riche abbave et d'un évêché ; mais si simple et intègre que fût sa vie, il ne se demandait pas sans une certaine crainte quelle en serait l'issue. Renonçant donc à ses dignités, à ses bénéfices et à des habitudes de délicatesse et d'indépendance qui pouvaient paraître des obstacles invincibles à une Ame moins généreuse, il sollicita auprès du P. Mutins Vitelleschi la grâce de s'enrôler sous le drapeau de saint Ignace, et à cinquante-huit ans il alla donner aux novices de Landsberg les plus beaux exemples de renoncement à sa volonté propre et du plus sincère désir d'être méprisé et humilié.

Jusqu'à la dernière année de sa vie, il continua de se flageller sans pitié avec la ferveur d'un jeune homme ; cependant l'obéissance fut toujours sa vertu de prédilection ; elle seule le rassurait contre la crainte qui le tourmentait souvent, disait-il, d'être traité

par Notre-Seigneur comme ayant eu son bonheur et sa récompense dès cette vie.

Litter. ann. Societ. Jes., anno 1651. p. 163. — Patrignani, Menol., 16 ottob., p. 114.

Le seizième jour d'octobre de l'an 1625, mourut à Krummau le P. Jean Janus, né en Lusace. Pendant qu'il faisait son noviciat à Brûnn, un mal dont il avait apporté le germe avec lui s'étant développé peu à peu, les supérieurs furent obligés de le rendre à sa famille. Dans sa tristesse, le jeune homme fit appel à toutes les ressources de la science : ce fut sans profit ; le mal ne faisait que s'aggraver. Alors avec cette confiance qui obtient tout, même des miracles, il se tourna vers Dieu et le conjura de le guérir luimême. Sa prière fut exaucée, et aussitôt, revenant à ses premiers attraits, il sollicita la faveur de reprendre les livrées de saint Ignace. Tour à tour ministre, prédicateur, compagnon du Maître des novices, missionnaire, il eut à cœur de témoigner sa reconnaissance à Notre-Seigneur et à la Compagnie ; et véritablement, dit l'historien de la Province de Bohême, il excella dans toutes les vertus de notre vocation.

Lorsque la peste, longtemps menaçante, se fut déclarée à Krummau, le P. Janus s'empressa de saisir une si magnifique occasion de se dévouer et de manifester aux ^eux de tous l'esprit qui anime les enfants de la Compagnie. A peine eut-il obtenu la permission si ardemment désirée, il laissa déborder sa joie avec une sorte d'enthousiasme qu'il avait peine à contenir. Un mois entier il

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se dépensa sans ménagement et sans repos jusqu'à ce qu'il tombât lui-même au milieu de ses malades. Le Père Recteur, comme c'était la coutume dans ces douloureuses circonstances, pensait à le faire enterrer de nuit et sans l'appareil ordinaire. Les magistrats de la ville ne le souffrirent pas. A celui qu'ils vénéraient comme le père de la patrie, ils décrétèrent des funérailles solennelles, et les sénateurs, sans crainte de la contagion, portèrent eux-mêmes sur leurs épaules le corps du serviteur de Dieu. Le P. Janus était âgé de quarante-huit ans et en avait passé vingt dans la Compagnie.

ScHMiDL, Histor. Provinc. Bohem., t. 3, lih. \, n. 126, p. 640. — Ale- GAMBE, Heroes et Victimœ..., p. 251. — Duews, Fasti..., 16'» octob., p. 405.

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