‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 188 sur 322 · XXII OCTOBRE · texte numérisé non relu

XXII OCTOBRE

Le vingt-deuxième jour d'octobre de l'an 1614, mourut dans les flots du Danube, à l'âge de trente-sept ans, le P. Ferdinand Mel- CHiOR, de Trente en Tyrol. Le bateau sur lequel il descendait d'Ingolstadt à Ratisbonne, s'étant heurté, par l'imprudence du pilote, contre une des arches d'un pont de bois, tous les passagers, au nombre d'une trentaine, furent engloutis, à l'exception de trois ou quatre qui se sauvèrent à la nage. Ceux-ci déclarèrent ensuite qu'au milieu de Thorrible désastre, le P. Melchior avait fait preuve du plus admirable courage. Jusqu'au dernier moment, il n'avait cesséde soutenir les malheureux naufragés, de les exhorter au regret de leurs fautes et de les préparer à paraître devant Dieu. Quand le bateau disloqué sombra, il se saisit d'une planche, grâce à laquelle il pouvait espérer d'échapper à la mort; mais voyant près de lui une pauvre femme enceinte, dont la mort allait entraîner pour son fruit la perte éternelle de Dieu, il lui abandonna sans hésiter son épave, et se laissa emporter au tourbillon du fleuve ; il disparut bientôt, en invoquant trois fois le nom de Jésus. Sou corps fut retrouvé sept semaines plus tard en dessous de Straubing, bien au delà de Ratisbonne; on le reconnut aux instruments de pénitence dont il était revêtu.

Le célèbre P. Jacques Rhem avait appris par des voies surnaturelles cette glorieuse fin. Le lendemain de la catastrophe, on l'avait vu célébrer la messe en noir. Comme on lui en demandait la raison: « Un des Nôtres, répondit-il, vient de périr englouti dans le Danube ». Dieu récompensait ainsi par ces suffrages anticipés l'héroïque sacrifice de son serviteur.

Kkopf, Histor. Proviiic. German. Superior., t. 4, decad. 8, n. 268, p. 93. — Nadasi, Ann. dier. memor., 22* octob., p. 2.37.

*Le vingt-deuxième jour d'octobre de l'an 1738, mourut à Belgrade le P. Ignace Eberle, l'un de ces onze enfants de la Compagnie qui, en cette année 1738 et dans la seule Province d'Autriche, sacrifièrent généreusement leur vie au service des pestiférés. 11 achevait sa troisième année de probation, quand la peste se déclara en Serbie. Le Père Provincial fit appel au dévouement des religieux de sa Province; le P. Eberle se sentit pressé de répondre; mais une horreur comme invincible le retenait. Enfin, après avoir offert plusieurs fois le saint Sacrifice à cette intention, il domina ses frayeurs et s'abandonnant sans réserve entre les mains de Dieu, résolut de se dévouer jusqu'à la mort. 11 partit bientôt pour Belgrade, où le fléau sévissait avec fureur.

En arrivant dans la ville, il trouve une pauvre femme hérétique étendue sur la place publique, délaissée de tous, en proie au terrible mal, victime certaine de la mort et peut-être de l'enfer. Le P. Eberle s'approche d'elle avec bonté ; il la console, l'instruit,

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