XXVI OCTOBRE
* Le vingt-sixième jour d'octobre de l'an 1574, mourut à Cologne, Sfi patrie, le P. Jean vox Reidt, plus connu sous le nom latin de Rhetius, issu d'une noble et ancienne famille de cette ville. Reçu dans la Compagnie en 1552 par l'illustre P. Léonard Kessel, qui devait un jour partager le même genre de mort tragique, il fut envo3'é à Rome l'année suivante faire sa théologie et se former à la vertu sous les yeux de notre Bienheureux Père. Ses études terminées, il revint à Cologne, où la Compagnie, depuis le temps des bienheureux Lefèvre et Canisius, n'avait cessé de lutter pour la défense de la foi catholique. Les magistrats de la cité lui remirent aussitôt en main la direction du collège des Trois Couronnes ; ils venaient de l'enlever à l'ancien titulaire, prêtre indigne qui, longtemps hérétique en secret, avait enfin jeté le masque et s'était déclaré luthérien.
Sous l'impulsion vigoureuse et intelligente du nouveau directeur, le collège des Trois Couronnes ne tarda pas à parvenir à un haut degré de splendeur. On y vit refleurir, avec les bonnes études, les pratiques de la piété chrétienne depuis longtemps oubliées. Il fut réglé qu'aucun élève ne serait admis à suivre les cours, s'il n'avait
XXVI OCTOBRE. P. JEAN VON REIDT. SZi
d'abord mis ordre aux affaires de sa conscience par la confession ; et, spectacle alors inouï, dit un historien, un g-rand nombre d'écoliers s'approchaient de la sainte table tous les huit jours, et la plupart des autres, tous les quinze jours. La prospérité littéraire n'était pas moins grande. Le P. Rhetius mettait en œuvre toutes les industries pour stimuler et enflammer l'ardeur des étudiants. Ceux-ci se pressaient en foules toujours plus grandes au pied de la chaire des professeurs. En deux années, leur nombre s'éleva de deux cents à huit cents ; on comptait parmi eux des enfants de la première noblesse rhénane. Les villes voisines réclamèrent des institutions semblables pour opposer une barrière aux envahissements de l'hérésie. Le P. Rhetius dut aller présider à la fondation des collèges de Trêves et de Ma3'ence.
A tous ces travaux, il ajoutait ceux de la prédication et de la confession : une multitude de pécheurs et d'hérétiques furent ramenés par lui à la sainte Eglise et à Dieu. On ne saurait croire, dit le P. Hartzheim dans sa DihliotJiècjiie^ quelles peines il s'est données pour conserver à Cologne la pureté de sa foi, les démarches qu'il a faites auprès des magistrats, des autorités ecclésiastiques, des princes voisins et même de l'empereur, pour fermer la ville aux luthériens, anabaptistes et calvinistes, qui cherchaient sans cesse à y pénétrer et à s'y fixer. Aussi quand il tomba sous le couteau d'un insensé, qui le tua dans un accès de folie furieuse avec les PP. Léonard Kessel et Nicolas Faber, la cité tout entière témoigna sa douleur et fit des funérailles magnifiques à celui qu'elle considérait comme un de ses plus illustres enfants et plus insignes bfenfaiteurs. Le P. Rhetius n'avait que quarante-deux ans; il en avait passé vingt-deux dans la Compagnie.
Orlandinus, Histor. Soc, lib. IG, n. 25, p. 401. — Sacciiinls, Histor. Sociel. Jesu, pari. 4», lib. 2, n. 48 seqq., p. 4.5. — Hautziieim, Bihlioth. Colon., p. 195. — Reiffenderg, Histor. Provint-. liheni Infer., lib. 6, c. 7, 8, p. 143 seqq. — Sotuellus, Biblioth., p. 495. — Sommervogel, Bihlioth., t. G, p. 1705. — Jos. IIansen, Rlieinische Akten zur Geschic/ite des Jcsidten-ordens 1542-1582, Bonn, 1896, p. G96 et passim. Cf. Indiceni.