XXVII OCTOBRE
* Le vingt-septième jour d'octobre de l'an 1727, mourut à Mariaschein, près de Graupen en Bohème, le P. Henri Raab, Agé de quarante-huit ans, dont il avait passé vingt-huit dans la Compagnie. II venait de quitter le séminaire de Kommotau qu'il avait gouverné pendant huit années, et se trouvait à peine depuis quinze jours à Mariaschein, lorsqu'il succomba au mal qui depuis longtemps minait ses forces. L'humilité, l'esprit de prière et de sacrifice avaient formé les traits dominants de sa vertu. Au rapport d'un témoin très digne de foi, et prêt, disait-il, à confirmer par serment la vérité de ses paroles, le P. Raab, la veille des principales fêtes de Notre- Seigneur et de la très sainte Vierge et presque tous les jours de carême, se flagellait lui-même ou se faisait flageller par une main étrangère avec une rigueur impitoyable, jusqu'à faire jaillir le sang en abondance de ses épaules. Après sa mort, on ne vit pas, sans une certaine horreur, les cilices et les autres instruments de pénitence, par lesquels ce fidèle disciple de Jésus crucifié tourmentait sa chair.
Le P. Raab ne pratiquait pas dans un moins haut degré la mortification intérieure. Il avait horreur de tout ce qui sent l'éclat et les préséances. Son plus cher désir eût été de passer sa vie dans une classe de grammaire, et après avoir conduit ses élèves jusqu'au seuil des humanités, de redescendre aux premiers éléments et de parcourir ainsi toujours la même carrière. L'obéissance
seule put obtenir de lui qu'il acceptât quelques-unes des charges de la Compagnie et commandât aux autres. Il fut enseveli au pied de l'autel de Notre-Dame des Sept-Douleurs, à laquelle il avait toujours eu une tendre dévotion.
Litterie annuœ Résident. S. J. Griipnœ ad ann. ilTI (Ai-chiv. Rom.).
* Le vingt-septième jour d'octobre de l'an 1759, mourut à Posega, en Hongrie, le P. Joseph Minulovich, né en Dalmatie. La délicatesse de sa santé lui avait fermé la route des Indes, où il avait vainement demandé d'aller porter l'Evangile. Les provinces de la Basse Hongrie soumises à la domination ottomane réservaient à son zèle un autre théâtre non moins fécond en fatigues et en fruits de salut. D'abord prédicateur ti Posega, Fûnfkirchen et Eszek, il se consacra ensuite aux missions de campagne placées sous le patronage de saint François Régis. L'ignorance du peuple de ces contrées était extrême ; très rares étaient ceux qui connaissaient les premiers éléments de la foi. Le P. Milunovich se fit à la fois catéchiste et maître d'école.
Le jour étant pris par les travaux des champs, c'est le soir, à la veillée, qu'il donnait ses leçons. Cependant les heures du jour ne demeuraient pas inactives. H s'occupait des bergers ; il allait à leur recherche dans les bois, les attirait par de petits présents, et leur apprenait à lire et à écrire, tout en leur parlant de Dieu et de la religion. Plusieurs par insouciance essayaient-ils de se dérober à ses pieuses importunités, sous prétexte qu'ils ne pouvaient laisser la garde de leurs troupeaux, l'homme de Dieu se faisait pas-