‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 221 sur 322 · X NOVEMBRE · texte numérisé non relu

X NOVEMBRE

* Le dixième jour de novembre rappelle la sainte mort du P. Gui WoLCKENSTEiîN', arrivée l'an 1632 au collège de Munich. Le P. Wolckenstein appartenait à une noble et ancienne famille du Tyrol. Après avoir parcouru les différentes contrées de l'Europe, il entra dans la carrière ecclésiastique, où sa naissance, ses talents et ses vertus ne tardèrent pas à lui ouvrir la voie des honneurs. Il fut nommé chanoine de plusieurs grandes églises, administrateur de l'évêché de Brixen ; bientôt même il vit l'éclat dune mitre briller à ses yeux. Mais déjà il entendait dans son cœur la voix de Dieu qui l'invitait à embrasser l'humilité de la vie religieuse sous le drapeau de saint Ignace. Les supérieurs se refusèrent longtemps à ses sollicitations pour ne pas priver le clergé séculier des services et des exemples d'un homme si éminent. A la fin, ils durent se laisser fléchir ; et à quarante-trois ans, Gui Wolckenstein revêtit les livrées de la Compagnie, au moment même où il venait de remporter une nouvelle victoire sur le monde, en déclinant l'offre de l'empereur Ferdinand qui voulait le nommer gouverneur de son fils Léopold.

En entrant au noviciat, il prit à cœur d'être le dernier de tous. II vérifia à la lettre, dit l'historien de la Compagnie, la parole

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des Saints Livres: « Quanto inagaus es, humilia te in omnibus. Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses » Eccli. 3. 20.). Les offices les plus bas et les plus vils étaient ceux qu'il réclamait comme lui revenant de droit ; il s'en acquittait avec autant de soin et de diligence qu'il en avait mis autrefois aux affaires les plus importantes. Il traitait son corps sans ménagement, se chargeait plusieurs heures chaque jour d'un rude ciliée, ne prenait souvent à table qu'un peu de pain et d'eau, et si les supérieurs ne l'avaient retenu, il aurait dépassé les bornes dans cette sainte haine de lui-même.

Lorsque se déchaîna la terrible peste qui fit tant de ravages en France et en Italie, pendant les années 1629, 1630 et 1631, le P. Gui Wolckenstein multiplia les instances et presque les iniportunités, pour obtenir de se dévouer au service des malades. La lettre qu'il écrivit au Père Général Mutins Vitelleschi mériterait d'être citée en entier, tant elle respire tout à la fois le zèle des âmes, l'humilité, la soif de l'immolation et l'amour de Dieu le plus ardent : « 0 bienheureux le jour, disait-il en terminant, ô fortunée entre toutes les autres l'heure oii m'arriverait cet ordre : Mon Père, levez-vous ; allez dans cette ville, cette bourgade, cette maison, cette cabane où sévit le (léau ; entendez la confession de ce pestiféré ; donnez-lui l'onction sainte; assistez ce moribond; veillez cet agonisant ; enveloppez ce cadavre dans son suaire. Mon Très Révérend Père, je vous le déclare en toute sincérité ; si c'est pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, je suis prêt à faire tout cela ; et un homme mourant de faim ne s'approchera pas d'une table chargée de mets succulents avec autant d'avidité que j'en mettrai à coller mes lèvres sur les plaies les plus répugnantes ».

Le fléau ayant pénétré en Bavière, le vaillant serviteur de Dieu s'offrit encore une fois ; mais avant de pouvoir descendre dans la périlleuse arène, il fut lui-même surpris par un autre mal qui l'emporta rapidement à l'âge de quarante- neuf ans, dont il avait passé six en religion.

CoRDARA, Histor, Societ. Jesu, part. 6^ lib. 17, n. 67, p. 589. — Histor. Provinc. Gernian. Super.., t. 5, dec. 10, n. 152 seqq.., p. 68 seqq.

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