XXI NOVEMBRE. P. IGNACE QUERCK
A son arrivée dans le pays, à peine avait-il sa subsistance assurée pour le lendemain ; mais avec les aumônes qu'il recueillit, il parvint à construire une chapelle, et à l'enrichir peu à peu de tableaux, de vases sacrés, d'ornements de toute sorte, qu'il allait acheter au loin et, par dévotion, rapportait lui-même sur ses épaules. Les douleurs les plus aiguës, même l'application du fer et du feu dans quelques-unes de ses maladies, n'altérèrent jamais un seul moment la sérénité ds son âme et de son front ; il les recevait en souriant, comme s'il eut vu Notre-Seigneur les lui présenter de sa propre main. Le P. Dulman expira très saintement à l'âge de soixante-douze ans.
Haktzheim, Biblioth. Colon., p. 89. — Sommervogel, Diblioth., t. 3, p. Tl'i.
Le vingt-et-unième jour de novembre de l'an 1743, le P. Ignace QuERCK, né à Wolfach en Souabe, mourut en grande réputation de sainteté au noviciat de Sainte-Anne à Vienne. C'est l'un des derniers et des plus illustres missionnaires de l'Autriche et de la Styrie au dix-huitième siècle. A vingt ans, il avait acheté son entrée dans la Compagnie, en servant au péril de sa vie de pauvres pestiférés. Ce fju'il fit et souffrit ensuite, durant plus de trente années d'apostolat, surpasse, disent les annales de la Province d'Autriche, tout ce que l'on pourrait croire. Opprobres, calomnies, flagellations, blessures, intempéries des saisons, menaces des hommes, il affrontait tout avec joie, ne fût-il question que d'une seule âme à sauver. Il avait choisi pour ses deux principaux modèles saint
F'rançois Régis et le bienheureux Pierre Canisius. A ses immenses travaux, il joignait des austérités effrayantes. Pendant quarante-six ans, il coucha sur h\ dure et se priva totalement de vin. Enflammé du désir de s'immoler tout entier, il avait, dès son noviciat, pris l'engagement de solliciter « avec instances et de toutes ses forces tout ce qui serait contraire à ses goûts, pourvu que ce ne fût pas un péché ».
Plus d'une fois, dans les missions, on le vit en différents lieux en même temps et à de grandes distances, miracle bien rare dans la vie même des saints. Un de ses supérieurs lui a3^ant ordonné d'écrire le récit des fatigues et des merveilles de sa longue et sainte carrière, l'homme de Dieu se mit aussitôt ;i l'œuvre sans murmurer ; mais par l'effet de son humilité, il crut avoir satisfait assez pleinement à l'obéissance en exécutant cet ordre à la lettre , et dès qu'il eut achevé son travail, il se hâta de le jeter au feu. Couvert d'horribles ulcères dans sa vieillesse, il bénissait avec une tendre affection les vers qui le rongeaient tout vivant, et les recueillait avec respect, quand ils étaient tombés à terre, pour les remettre dans ses plaies.
Il aimait tendrement sa vocation. Il la considérait, dit son biographe, a comme une grâce insigne de Dieu et un signe assuré de salut ». De là, sa fidélité à garder toutes les règles et toutes les observances. Dans la religion, disait-il encore, rien n'est petit, parce que tout est ordonné au culte et au service de Dieu ». Un peu avant de rendre le dernier soupir, le P. Querck exhorta vivement les novices, qui prenaient soin de lui, à ne rien négliger pour acquérir des vertus solides, capables de résister à tout. Car le temps viendra bientôt, ajouta-t-il, voyant sans doute par un es-