‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 237 sur 322 · XXII NOVEMBRE · texte numérisé non relu

XXII NOVEMBRE

Le vingt-deuxième jour de novembre de l'an lb88, mourut à Vienne le P. Jean Marquitz, né à Delitsch en Saxe. II est appelé dans les annales des premiers temps de la Compagnie, si féconde alors en grands hommes, vir vere sernione potens et opère. Cette puissance du P. Marquitz en œuvres et en paroles avait tellement effrayé les protestants, que pour en neutraliser les effets parmi le peuple, ils répandirent contre lui dans toute l'Allemagne des libelles pleins de fables et des plus étranges calomnies. D'après eux, « le jésuite saxon Marquitz avait été surpris à Wittemberg, falsifiant les écrits du divin Luther ; et les magistrats l'avaient fait fouetter ignominieusement en public pour prix de son sacrilège ». De là était né ce proverbe parmi les luthériens, « qu'il fallait envoyer tous les jésuites à Wittemberg ». Mais le mensonge tourna bientôt à la gloire de l'intrépide missionnaire. Car il faisait alors même refleurir la foi catholique à Olmutz ; et le sénat de cette ville, bien que tout composé d'hérétiques, ne crut pouvoir lui refuser un décret solennel, où ces ridicules inventions étaient authentiquement démenties.

L'éloquence apostolique du P. Marquitz ne jeta pas moins d'éclat à Prague, où il avait été appelé pour prêcher devant l'empereur Rodolphe. Ce prince témoigna même le désir de le nommer son prédicateur perpétuel. Mais le serviteur de Dieu obtint de ce

religieux monarque la g-râce d'être laissé pleinement à la disposition de ses supérieurs, après lui avoir fait connaître sur ce point l'esprit et les règles de la Compagnie. 11 profita néanmoins de son séjour à Prague, pour ramener à la foi de leurs ancêtres nombre des premiers seigneurs de la Bohême, et pour fonder à la cour même sa célèbre congrégation du Très Saint Sacrement, qui fleurissait encore, au témoignage du P. Schmidl, plus de cent cinquante ans après sa mort, et avait remis hautement en honneur, parmi les grands et le peuple, le culte presque éteint de l'adorable Eucharistie. Le P. Marquitz mourut à l'âge de quarantesix ans ; il en avait passé trente-et-un dans la Compagnie.

Schmidl, Histor. Provinc. Bohem., t. 1, lib. 3, n. 141, p. 274; n. 180, p. 291 ; n. 214, p. 308; lib. 4, n. 110, il3, p. 386, 387; n. 147, p. 400; n. 206, p. 429; n. 229 seqq., p. 441 seqq. ; Lib. 6, n. 47, p. 572; Index exetnplor., § 17, ad calcem oper. — Sociierus, Histor. Provinc. Austr., lib. 8, n. 168, p. 367. — Sommervogel, Biblioth., t. 5, p. 608.

Le vingt-deuxième jour de novembre de l'an 1643, le Frère Coadjuteur Jean Kaluba, né en Moravie, après avoir patiemment enduré pendant l'invasion des Suédois en Bohême, beaucoup d'outrages et de mauvais traitements, et reçu une balle entre le cou et l'épaule, mourut au collège de Gitschin, épuisé par plusieurs mois de souffrances. Chargé de l'administration des biens et de la garde des troupeaux du collège, il était généreusement resté à son poste, au plus fort du danger, mettant toute sa confiance en Dieu.

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