‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 238 sur 322 · XXII NOVEMBRE. P. BERNARD ALLERDINCK · texte numérisé non relu

XXII NOVEMBRE. P. BERNARD ALLERDINCK

Depuis longtemps, le F. Kaluba se faisait remarquer par un grand don de prière et de présence de Dieu, ainsi que par une tendre dévotion à la Reine du ciel. Ayant trouvé un jour une statue de la très sainte Vierge indignement profanée par les hérétiques, et jetée par mépris sur un fumier, non content de la nettoyer avec amour, il la plaça dans sa chambre, lui fît amende honorable des outrages de ses ennemis, et demanda même à ses supérieurs la permission d'aller mendier dans les villages voisins, pour lui élever une chapelle et l'exposer à la vénération du peuple. Le F. Kaluba expira saintement à l'âge de trente-huit ans; il en avait passé quinze dans la Compagnie.

ScHMiDL, Hislor. Provinc. Boheni., t. 5, lib. 4, n. 42, p. 65.

* Le vingt-deuxième jour de novembre de l'an 4626, mourut à Paderborn le P. Bernard Allerdinck, religieux d'un zèle véritablement apostolique. Pendant les seize années qu'il vécut à Paderborn, il était sans cesse dans les hôpitaux, les prisons, les maisons des pauvres, pour parler de Dieu, instruire, consoler, entendre les confessions. En 1622, il fut pris avec quatre autres Pères du collège par les troupes de Christian de Brunswick et emmené captif. 11 sut si bien par sa douceur, ses manières aimables et ses grandes vertus se concilier la bienveillance de ces hérétiques, qu'il eut bientôt pleine liberté d'aller et de venir dans le camp. Mais auparavant les injures, les avanies et, môme les menaces de mort ne lui avaient pas été épargnées.

« Voilà dix-huit jours, écrit-il à son Père spirituel, que je porte rivée à mon pied une chaîne pesante ; elle ne me quitte ni jour ni nuit. Dans cette Pathmos, ajoute-t-il, j'ai dû me créer une occupation. — C'était la composition d'un petit traité sur le martyre. — Pouvais-je en choisir une plus convenable ? Ceux de nos amis <jui viennent nous voir plaignent notre sort ; mais pour moi, grâce à cet écrit, je ne saurais assez reconnaître et admirer mon bonheur ». La palme du martyre sanglant ne fut pas accordée au P. Allerdinck; il conquit celle du martyre de la charité.

Au mois de septembre 1626, une triple maladie contagieuse se déchaîna sur Paderborn, répandant partout la terreur et la mort. Le P. Allerdinck s'offrit aussitôt à voler au secours des malades. Afin que nul d'entre eux, s'il était possible, n'échappât à sa sollicitude et ne fût privé, à sa dernière heure, des consolations de la foi et de la grâce des sacrements, il chargea des enfants et même les mercenaires que leurs tristes fonctions conduisaient dans les maisons pour enlever les cadavres, de l'avertir dès qu'ils verraient quelque personne en danger. Il était toujours debout, prêt nuit et jour à se rendre partout où il serait appelé. Mais il fut frappé à son tour. L'amour de Notre-Seigneur et des âmes lui donna des forces et suppléa quelque temps aux défaillances de la nature. Pendant sept jours entiers, l'héroïque apôtre lutta contre le mal qui le dévorait et continua son ministère. Enfin le huitième jour, comme il se préparait à sortir de grand matin, il sentit ses forces l'abandonner tout à fait, et tombant sur une chaise, il remit à Dieu son âme généreuse. Il était âgé de cinquante-cinq ans et en avait passé trente-deux dans la Compagnie.

Page 1