XXIV NOVEMBRE. P. GEORGES PAUR
* Le vingt-quatrième jour de novembre de l'an 1770, mourut à Ebersberg, dans la Province de Bavière, récemment détachée de celle de Haute-AlIemag-ne, le P. Georges Paur, né à Burghausen dans le diocèse de Salzbourg. Tout était grand en lui, dit l'annaliste, excepté la taille ; de plus, il était voûté, d'une santé débile, presque toujours souffrant et déjà en butte à de pénibles infirmités. Aussi quand après ses années de régence, il s'ouvrit au Père Provincial de ses désirs d'aller annoncer la parole de Dieu au peuple des campagnes, vit-il d'abord sa demande rejetée. Avec son tempérament, comment pourrait-il supporter les fatigues de cet apostolat ? — « Eh bien, reprit le P. Georges, combien d'années de travail voulez-vous que je promette ? — Cinq ? » Sur un geste du Père Provincial voulant dire que ce terme lui paraissait bien long: « Je m'engage pour dix ans, répliqua-t-il avec assurance ; saint François-Xavier n'en eut pas davantage ». Le Père Provincial céda et lui ouvrit la carrière si ardemment désirée.
Le P. Georges Paur la parcourut non-seulement dix ans, mais plus de vingt, au milieu de fatigues extrêmes, comme le plus robuste des missionnaires. Le travail, la prière, une sainte gaîté étaient l'unique remède aux maux dont il était perpétuellement assailli. Et comme si ce fardeau avait encore pesé trop légèrement sur ses épaules, il y ajoutait les cilices, les flagellations, les veilles prolongées, les abstinences. Chaque jour, il commençait sa méditation une heure avant la communauté ; et malgré son état de faiblesse, il la faisait toujours à genoux et sans appui. C'était une persuasion universelle qu'il recevait des grâces extraordinaires. Mais il dissimulait habilement les dons de Dieu sous les dehors
^li^l MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE GERMANIE. I.
de la vie commune et sous un air tic jovialité qui donnait le change aux esprits moins attentifs. Avant de mourir, il jeta au l'eu les papiers dans lesquels, selon l'usage des saints, il avait consigné jour par jour les faveurs spéciales dont il avait été comblé.
Le P. Georges Paur travailla jusqu'à l'entier épuisement de ses forces. Il se fît alors transporter à Ebersberg dans la maison de troisième probation. En y arrivant à demi-mort, il dit jo3^eusement qu'il demandait à louer une chambre pour un mois seulement ; et toujours intrépide, au milieu même de cette ruine totale de la nature, il suivit tous les exercices de la communauté jusqu'au jour qui précéda sa bienheureuse fin. Il reçut les derniers sacrements en pleine possession de lui-même, avec une ferveur admirable, promit de prier au ciel pour la Compagnie qui, dans ces temps malheureux, était en proie à toute la rage de l'enfer ; et bientôt après s'endormit saintement dans le Seigneur, à l'âge de cinquantetrois ans, dont il avait passé trente-sept dans la Compagnie.
Lilter. ann. Provinc. Bavar., anno 1770 (Archiv. Rom.).