XXV NOVEMBRE
Le vingt-cinquième jour de novembre de l'an 1626, mourut à Augsbourg- le pieux et savant P. Jacques Spanmûller, plus communément appelé PoNTANUS, du nom latin de la petite ville de Briix en Bohême, où il était né. L'Histoire générale de la Compagnie l'appelle le père des lettres grecques et latines en Allemagne. Les luthériens, aussi bien que les catholiques, l'avaient mis, à titre d'auteur classique, entre les mains de la jeunesse ; et dans beaucoup d'écoles protestantes, ses Pro^xjinnasmata partageaient, avec les œuvres de Gicéron, la première place dans l'enseignement du latin. Les supérieurs de sa Province n'eurent pas à se repentir de lui avoir confié pendant vingt-sept ans la formation littéraire des juvénistes ; car ce fut à lui, dit le P. Cordara, que nos collèges durent, en Allemagne, cette multitude de professeurs qui firent leur gloire. Ses dialogues nous offrent un excellent et irrécusable modèle de l'enseignement catholique, tel que nos premiers Pères l'avaient conçu, sous la direction de saint Ignace, et qui ne négligeait, ni les pratiques de la vie chrétienne ni les fortes études, seules capables de créer des hommes influents.
Afin de ne rien perdre de son esprit de ferveur et de dévotion, le P. Pontanus avait l'habitude de se recueillir fréquemment pour
élever son cœur à Dieu ; et dans le règlement de sa journée, qu'il s'était tracé lui-même, et suivait avec une inviolable fidélité, il avait fixé les heures de la prière aussi bien que celles de l'étude. C'était un religieux de manières aimables, gracieux à tous, d'une réserve et d'une modestie, dit l'historien, qu'on aurait eu peine à trouver dans un novice, ne sachant ni louer ses propres ouvrages, ni blâmer ceux des autres, ennemi du repos et, jusqu'à la fin, courbé sur sa plume et ses livres.
Notre-Seigneur daigna lui révéler d'avance le jour de sa mort. Dans le courant de l'an 1626, l'archiduc Léopold, frère de l'empereur Ferdinand II, passant à Augsbourg, voulut voir le P. Pontanus, alors âgé de quatre-vingt-quatre ans, et en le quittant, lui demanda avec une aimable familiarité, quand il comptait cesser de vivre : « Le jour de sainte Catherine, Monseigneur, » répondit le bon vieillard, sans prendre garde qu'il laissait échapper son secret. Le P. Pontanus avait passé soixante-quatre ans dans la Compagnie.
Cordaha., Hislor. Sociel. Jesu, part. 6" , lib. 11, n. 53, p. 19. — So- TUELLus, Biblinth., p. 382. — Rropf, Histor. Pronnc. German. Super., t. 4, dec. 9, n. 244, p. 329. — Crugerius, Pulveres sacri, 24» nov., p. 134. ScHMiDL, Hhlor. Provinc. Bohem., t. 2, lib. 4, n. 15, p. 401 ; /. 3, lib. 4, n. 164, p. 683. — Sommervogel, Biblioth., t. 6, p. 1007. — Pelzel, Boemische Gelehrte, p. 4. — Biographie univers., t. 35, p. 365.
* Le vingt-cinquième jour de novembre rappelle le souvenir de deux zélés missionnaires de la Province de Bohême, les Pères
XXV NOVEMBRE. PP. ANTALY ET KERBER. 417
Jean Antaly et Augustin Kerber, morts l'un et l'autre à Prague au service des pestiférés, le premier en 1634 et le second en
Le P. Jean Antaly était né en Hongrie d'une famille hérétique et avait embrassé la foi romaine, pendant qu'il suivait les classes dans un des collèges de la Compagnie. Presque aussitôt, il avait conçu la pensée de s'enrôler sous la bannière de saint Ignace, afin de travailler lui-même à la conversion de ceux dont il avait partagé l'erreur. Il eut en effet la consolation d'en ramener un grand nombre, jusqu'au jour où la peste se déclara à Prague. Interrompant alors la suite de ses missions, le P. Antaly s'empressa de voler au secours des moribonds et donna glorieusement sa vie dans ce ministère de charité, à l'âge de cinquante-et-un ans, dont il avait passé vingt-sept dans la Compagnie.
Le P. Augustin Kerber, au témoignage du P. Nadasi, était un ouvrier apostolique accompli ; d'un zèle infatigable et universel, mais dont les préférences, à l'exemple du Sauveur, allaient aux pauvres ; c'est au milieu d'eux, dans les hôpitaux, les prisons, les plus humbles réduits qu'il trouvait ses délices. Il leur portait avec d'abondantes aumônes de douces et fortes exhortations, qui ramenaient dans leurs âmes la consolation et le courage. Aussi, pour exprimer à la fois son incomparable tendresse et leur reconnaissance, ces pauvres gens lui donnaient-ils le nom de père et de mère. A quatre reprises différentes, le P. Augustin Kerber avait exposé sa vie en temps de contagion ; il était toujours sorti sain et sauf du danger ; mais lorsqu'il se jeta pour la cinquième fois dans la même arène, Dieu ne voulut pas retarder plus longtemps la récompense de son dévouement ; il fut mortellement frappé et
succomba peu de temps après, à l'âge de quarante-six ans ; il en avait passé vingt-six dans la Compagnie.
P. Jean Antaly. — Alegambe, Heroes et Victimœ, p. 376. — Schmidl, Histor. Provinc. Bohem., t. 4, lib. 1, n. 96, p. 146.
P. Augustin Kerber. — Alegambe-Nadasi, Heroes et Victimee... , p. 444, — Schmidl, Histor. Provinc. Bohem., t. 5, lib. 5, n. 93, p. ^11.
* Le vingt-cinquième jour de novembre de Tan 1665, quarante- 'trois ans jour pour jour après qu'il eut prononcé ses premiers vœux, mourut à Troppau le P. André Schwartz, d'une riche famille de Silésie. La modestie des novices de Briinn lui avait gagné le cœur, comme autrefois <îelle des novices de Saint-André avait séduit le P. Mutins Vitelleschi. L'exil de nos Pères chassés par les Suédois ne refroidit pas son désir de partager leur genre de vie ; il les suivit jusqu'à Vienne d'abord et ensuite en Styrie, et c'est là qu'il eut le bonheur d'être enfin reçu dans la Compagnie, grâce souveraine dont il ne manqua jamais de célébrer l'anniversaire, et qu'il estimait à l'égal de sa prédestination.
Après son sacerdoce, le P. Schwartz fut appliqué au ministère apostolique. Il montra par son exemple, dit un historien, qu'un homme seul, animé de l'esprit de Dieu et du zèle des ùmes, peut accomplir plus de merveilles et contribuer plus efficacement à la dilatation du règne de Jésus-Christ, que nombre d'ouvriers tièdes et sans élan. Troppau fut le théâtre principal de son apostolat. Quand cette ville tomba entre les mains des Suédois, le P. Schwartz ne voulut pas l'abandonner, et malgré les menaces de mort du gé-