‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 249 sur 322 · XVIII NOVEMBRE. — P. ATHANASE KIRCHER · texte numérisé non relu

XVIII NOVEMBRE. — P. ATHANASE KIRCHER

dans la Hesse, l'un des hommes les plus savants et les plus laborieux de la Compagnie, honoré de l'estime et de la faveur des Souverains Pontifes, des rois et des princes ; en correspondance avec les plus illustres savants de l'Europe ; encyclopédie vivante, disent ses biographes, qui avait embrassé toutes les sciences, physique, histoire naturelle, philosophie, mathématiques, histoire, antiquités, musique, langues anciennes et modernes, théologie ; « digne enfin de l'immortalité, ajoute Leibnitz, et dont la gloire ne s'affaiblira jamais ».

Le P. Kircher était en même temps et avant tout un vrai fils de saint Ignace. Les grâces extraordinaires et les actes héroïques de vertu ne manquent pas dans sa vie. Lui-même a raconté dans son autobiographie, écrite par l'ordre de ses supérieurs, que dans son enfance, il avait été sauvé plus d'une fois d'une mort certaine par la protection spéciale de Notre-Seigneur et de sa bienheureuse Mère. C'est aussi la très sainte Vierge qui lui avait gardé par un miracle la grâce de sa vocation. En entrant au noviciat de Paderborn à l'âge de seize ans, il avait, par crainte de ne pas être admis, dissimulé une très grave infirmité. Forcé bientôt de découvrir son mal, et menacé d'être renvoyé dans sa famille, les remèdes étant inutiles, il se jeta une nuit tout en larmes au pied d'une image de la très sainte Vierge, et adressa à cette divine Mère une prière fervente, animée de la plus vive confiance ; puis il regagna sa couche et s'endormit profondément ; le lendemain à son réveil, il se trouva parfaitement guéri.

Appliqué à l'étude de la philosophie après son noviciat, il s'efforça de dérober, aux yeux de tous, les grands talents qu'il avait reçus de Dieu : « Je craignais trop, dit-il, que la vaine gloire ne

diminuât en moi l'effusion de la grâce». U y réussit si bien, que « maîtres et disciples, ajoute-t-il, me croyaient absolument impropre aux études philosophiques. J'étais au comble de la joie de me voir traiter d'ignorant pour l'amour de Jésus-Christ ». Mais une fois qu'il eut été nommé professeur de littérature grecque au collège de Coblentz, la pensée que l'honneur de l'Église et de la Compagnie était intéressé à son enseignement lui fit sacrifier les joies de l'humiliation. Dès lors sa réputation fut établie et ne fit plus

que grandir.

Les guerres qui désolaient l'Allemagne à cette époque l'obligèrent plusieu^^rs fois à changer de collèges. Dans ces migrations fréquentes et précipitées, dont il a fait le récit, il eut à courir des dangers incroyables, et en fut toujours délivré par la protection de la très sainte Vierge. Il passa en France, et enseigna plusieurs années dans nos collèges de Lyon et d'Avignon; de Ih, à travers mille obstacles et périls de mort, il se rendit à Rome, où le retint un ordre du Souverain Pontife Urbain VIII. Il avait alors trentedeux ans. Le P. Kircher demeura jusqu'à sa mort dans la Ville éternelle, tout entier à ses immenses travaux, dont on peut voir la longue énumération dans la Bibliothèque des écrimins de la

Compagnie.

Parmi ces ouvrages, nous ne mentionnerons que VHistoria Eustachio-Mariana. C'est le récit de la restauration du sanctuaire que l'empereur Constantin avait élevé à l'endroit même où Notre-Seigneur crucifié s'était montré h saint Eustache, et que le pape saint Sylvestre I" avait ensuite consacré sous le vocable de la très sainte Mère de Dieu et de saint Eustache. Cette restauration fut l'œuvre du dévot serviteur de Marie. Bientôt les fidèles accoururent en fou-

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