I«' DECEMBRE
* Le premier jour de décembre de l'an 1646, mourut à Krassowicz , maison de campagne du collège Saint-Ignace à Prague, le P. Jean Hofer, né à Neustadt en Saxe de parents hérétiques. Ses talents, sa science, ses belles qualités l'avaient rendu cher à ceux de son parti. Quand parurent les controverses du P. Christophe Mayer, l'électeur de Saxe et l'académie de Leipzig le chargèrent d'y répondre. Jean Hofer se mit résolument à l'œuvre ; mais le résultat ne fut pas celui qu'il attendait. Des arguments du P. Mayer jaillissaient des rayons de vérité, qui malgré lui frappaient ses yeux; à mesure qu'il les examinait de plus près, la lumière devenait plus brillante, et enfin il fut contraint de reconnaître son erreur.
Cependant, telle est la force des préjugés et de l'amour-propre que pendant deux années entières il se débattit contre lui-même
sans vouloir se rendre. Une nouvelle édition des controverses du P. Mayer aj^ant alors paru, il entra une seconde fois en lice contre le champion de la foi catholique. Il ne fut pas plus heureux que dans la première lutte. Il chercha du secours auprès des théologiens protestants. Leurs réponses ne firent qu'ajouter à ses doutes et remplirent son àme d'inquiétudes et de scrupules. Les Controverses de Bellarmin lui tombèrent alors sous les 3^eux ; elles achevèrent de le convaincre. Résolu à rentrer dans le sein de la véritable Eglise, Jean Hofer brisa d'un généreux effort tous les liens qui l'attachaient au monde ; il abandonna sa famille, sa patrie, les riches revenus et les charges dont il était pourvu, et se retira en Autriche, où il fit son abjuration. Bientôt après, pour mettre le dernier sceau à son sacrifice, il embrassa la vie parfaite dans la Compagnie.
Il avait alors trente-et-un ans. Il reprit d'abord ses études de théologie, et fut ensuite chargé d'une classe d'hébreu. Puis le prince Christian Guillaume de Brandebourg, ancien administrateur de l'archevêché de Magdebourg, qui lui devait en grande partie sa conversion à la foi romaine, le demanda et l'obtint pour son confesseur. Le P. Hofer, par ses leçons et l'exemple de sa sainte vie, fit régner dans la cour de ce prince une telle pureté de vie et un tel esprit de piété, qu'au témoignage du P. Jouvancy, elle ne le cédait en rien aux communautés religieuses les plus ferventes. Ce fidèle serviteur de Dieu mourut à l'âge de quarante-quatre ans ; il en avait passé treize dans la Compagnie.
JuvENCius, Histor. (ms.) Societ. Jesu, part. 6*, lib. 2, ann. 1616-1646, p. 143. — SoTUELLus, Bibliolh., p. 463. — Schmidl, Histor. Provinc. Bo' hem., t. 5, lib. 4, n. 169, p. 271. — Sommervogel, Biblioth., t. 4, p. 419,