‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 258 sur 322 · II DECEMBRE · texte numérisé non relu

II DECEMBRE

Le deuxième jour de décembre de l'an 1638, mourut à Prague, en se dévouant au service des pestiférés, le P. Georges Aquitanus, silésien, « digne émule, dit le P. Alegambe, de la vertu et du zèle de saint François Xavier ». C'était la seconde fois qu'il s'exposait aux ravages de la peste. Il avait affronté avec le même courage les injures, les pierres, et même la hache des paysans hérétiques, pendant qu'il travaillait à faire rentrer dans le sein de l'Église les populations sauvages et fanatiques de la Moravie et de la Silésie.

Avec deux de nos Pères, en une seule année, il avait ramené à Jésus-Christ plus de vingt mille âmes ; et dans une autre mission de six mois seulement, sept ministres luthériens s'étaient rendus à la force de ses discours et de sa charité, avec plus de trois mille hérétiques et presque autant d'apostats. Interrogé sur son lit de mort, s'il faisait volontiers à Notre-Seigneur le sacrifice de sa vie : « Ah ! répondit-il plein de joie, si j'en avais des millions à lui offrir, il sait bien de quel cœur je les lui donnerais ». Le P. Aquitanus était âgé de quarante-huit ans, dont il avait passé vingt-neuf

Aleg.vmbe, Heroes et Victinuv chcu-it., p. 413. — Schmidl, Histor. Provinc. Boheni., t. 3, lib. 5, n. 132, p. 912 ; lib. 6, n. 171, p. 1221 ; t. 4, lib. 2, n. 168, /?. 487. — DRE^Ys, Fasli Soc. Jesu, 2a dec, p. 473.

* Le deuxième jour de décembre de l'an 1S92, mourut au collège de Kommotau le P. Alexandre Voyt, qu'on peut appeler à bon droit le père et l'apôtre de Prague, sa patrie. Dieu l'avait doué des plus heureuses qualités naturelles et surnaturelles. En l'entendant prêcher, les hérétiques séchaient de dépit de voir un si magnifique talent oratoire dans un papiste et un jésuite, et se flattant peut-être de l'éblouir, s'engagaient par serment à lui faire un palais et une vie de roi, s'il voulait se donner à eux. L'ignorance, l'oubli des pratiques de la vie chrétienne régnaient presque partout en Bohême. Pour faire apprendre les prières, le P. Voyt établit l'usage de réciter tout haut dans les familles le Pater, VAt^e et le Credo, avant de se mettre à table, et le décalogue après le repas ; il fit publier en langue tchèque le catéchisme de Canisius, et plusieurs opuscules de controverse et de piété ; il ramena la sainte coutume des processions des rogations, depuis longtemps tombées en désuétude. En même temps, il soutenait de ses aumônes et développait le séminaire des écoliers pauvres, établi une vingtaine d'années auparavant sur les instances du bienheureux Canisius, pour donner des prêtres pieux et zélés au clergé de Bohême.

Le P. Voyt ne montra pas un moindre zèle dans le gouvernement des Nôtres. Jamais, dit l'historien de la Province, la ferveur ne fut plus grande parmi les Pères et Frères que pendant son

Page 1