XI DECEMBRE
Le onzième jour de décembre de l'an 16-39, mourut au collège de Dillingen le P. Christophe Steborius, un des plus saints religieux de la Haute-Allemagne, longtemps supérieur des missions du Palatinat, conseil et lumière du peuple et des grands, et jugé digne de travailler et de souffrir beaucoup pour la gloire de Notre-Seigneur. Dès son entrée dans la Compagnie, le P. Steborius avait eu la réputation de se porter avec d'autant plus d'ardeur et de joie à l'accomplissement des ordres de ses supérieurs, qu'il y trouvait naturellement plus de répugnance ; par ces premières victoires, il se préparait aux plus rudes combats.
Réduit en captivité par les Suédois, il fut une fois entre autres condamné par dérision à monter la garde, durant toute une nuit, la lance ou le mousquet au bras, au milieu des moqueries des plus méprisables valets. Mais tout en se réjouissant d'être traité comme son maître, il ne crut pas devoir négliger cette occasion d'exercer encore l'apostolat. Il parla durant tout ce temps à ses insulteurs, avec tant d'énergie, du malheur d'être vaincu par le péché et réduit à une éternelle captivité dans l'enfer, qu'il parvint à inspirer une crainte et une componction salutaires à un grand nombre de ces malheureux. Le P. Steborius en effet était toujours
à la chasse des âmes, et pour triompher phis facilement de leurs résistances, il ne les abordait guère que revêtu d'un rude cilice. Lorsque la peste éclata en Bavière, Dieu permit, pour augmenter ses mérites, qu'il éprouvât la plus vive répugnance à s'exposer à la mort en assistant les malades. Mais aussitôt, triomphant de sa pusillanimité, il écrivit à son supérieur pour demander la grâce de se dévouer : « Moi, Christophe Steborius, pécheur misérable et mille fois digne de mort, malgré la répugnance et l'horreur que je ressens par un effet de la lâcheté que j'ai mis à me vaincre moi-même, je m'offre de toute mon âme à Dieu mon créateur et Seigneur, et à votre Révérence, pour assister les pauvres malades de la peste, en union avec l'agonie de mon Sauveur Jésus s'offrant à son Père au jardin des olives ; et mon plus ardent désir est d'être appelé le premier de tous à cet exercice de charité ». Le P. Steborius mourut à l'âge de cinquante-huit ans ; il en avait passé quarante dans la Compagnie.
Kropf, Histor. Provinc. Germait. Super., t. 4, n. 6G, p. 275 ; n. G07, p. 450 ; t. 5, n. 48, p. 24; n. G93, p. 395. — Sotuellus, Bîblioth., p. 145. — SoMMERvoGEL, BibUotli., t. 1, p. 1518.