XVII DÉCEMBRE. P. GEORGES PELINGA
ture des classes, lorsqu'un ordre imprévu lui retira sa chaire avant même qu'il y fût monté ; c'est à la prédication qu'il devait désormais s'appliquer.
Le coup fut rude pour son amour-propre, mais dominant les révoltes de la nature, le P. Pelinga ne vit que la volonté de Dieu dans celle des supérieurs, et inclina humblement la tête sans dire un seul mot pour se plaindre ou s'excuser. Au même instant il se sentit changé. Il lui semblait qu'un cœur nouveau, brûlant pour Dieu d'un amour inconnu jusque là, battait dans sa poitrine.
Cette ferveur ne fit que s'accroître chaque jour. Dans l'oraison, au saint Sacrifice de la messe, et jusque dans les occupations les
plus vulgaires, comme de servir à table, de laver la vaisselle, il était inondé de consolations. Il semblait ne pouvoir se rassasier de prier ; il se levait une heure avant la communauté, et souvent dès le milieu de la nuit, pour prolonger ses entretiens avec Dieu.
En même temps, le P. Pelinga avait reçu la plénitude de l'esprit apostolique. Le zèle du salut des Ames le consumait ; sa parole ardente, aidée encore par des tableaux ou images qui représentaient les grandes vérités de la religion, opérait des fruits extraordinaires de conversion et de sanctification. Témoins de ces merveilles, les deux grands serviteurs de Dieu, Martin Stredonius et Nicolas Lancicius, disaient dans leur ravissement : « Si la Bohême avait cinq ou six Pères Pelinga, elle serait convertie tout entière ».
La renommée des vertus et des travaux de l'apôtre parvint jusqu'à Rome. Le Père Général voulut le féliciter et le remercier ; et en témoignage de l'intérêt qu'il prenait à ses œuvres, il ajouta qu'il était prêt à l'aider de tout son pouvoir. Le P. Pelinga répondit A. G. — T. II. — 61.
modestement qu'il ne désirait qu'une chose, mais il suppliait Sa Paternité de la lui accorder sans réserve, et de l'affranchir même en ce point de l'autorité de tous les supérieurs de sa Province : c'était le privilège, très cher à son cœur et exclusif, de laver luimême les pieds de tous ceux des Nôtres qui viendraient demander l'hospitalité dans le collège où il se trouverait alors. Cet humble et saint religieux mourut épuisé par ses travaux apostoliques à l'âge de quarante-cinq ans, dont il avait passé vingt dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provinc. Bohem.^ t. 5, lib. 4, n. 56, p. 84 ; n. 120, p. 185; lib. 5, a niim. 88, p. 467. — Tanner, Societ. Jesu apostolnr. imitatr., p. 744. — Patrignani, Menol., 17 clic, p. 140. ' — Drews, Fasti Societ., \1^ dec, p. 495.
* Le dix-septième jour de décembre de l'an 1676, mourut à Mayence le F. Michel Bueb, Coadjuteur temporel, né à Colmar. Pris par les hérétiques peu de temps après son entrée dans la Compagnie, il fut vivement pressé par eux de se joindre à leur secte, en désertant à la fois l'Église romaine et sa vocation. Comme il s'y refusait avec indignation, il fut accablé d'outrages et de coups et jeté en prison. Mais dans cette lutte, la grâce de Dieu l'assista d'une manière si sensible, que jamais, disait-il plus tard, il n'avait goûté de plus douces consolations. Cette générosité ne se démentit pas dans la suite.
Trois fois, à Schlestadt, à Rouffach, à Ma3^ence, le F. Bueb se