XVIII DÉCEMBRE. — F. SERVAIS ANHALT
Pendant deux années, la contagion, comme arrêtée par une puissance supérieure, ne franchit pas l'enceinte d'Ingolstadt, et pendant ces deux années, le P. Schaller ne cessa pas un seul jour de renouveler son héroïque offrande. Enfin, par la permission de Dieu, le fléau rompit ses barrières et se jeta sur la ville. Le P. Schaller, saluant alors avec amour la palme si ardemment désirée, courut aussitôt se dévouer au service des malades et, peu après, eut la joie de tomber au milieu d'eux. Il avait vécu treize ans dans la Compagnie.
Summar. vitœ defunctor. Provinc. Gerrnan. Superior. (Archiv. Rom.). — Nadasi, Ann. dier.., 18^ dec, p. 332. — Dkevvs, Fasti, 18* dec, p. 496. — Patrignani, Menolog., 18 die, p. 147.
Le dix-huitième jour de décembre de l'an 1759, au collège académique de Vienne, mourut en grande réputation de sainteté le F. Servais Anhalt, Coadjuteur temporel, né à Trêves. « Je le vénère chaque jour comme un bienheureux du ciel, disait après sa mort un Père du collège qui l'avait bien connu ; et j'atteste devant Dieu que j'ai souvent éprouvé la puissance de sou intercession ». Le F. Anhalt avait rempli l'office de tailleur et de linger à Tyrnau et à Vienne, avec la même diligence et la môme charité que s'il avait servi Notre-Seigneur en personne.
Non content de donner avec empressement ce qu'on lui demandait, il se mettait parfois discrètement à la porte du réfectoire quand la communauté sortait de table, et à mesure que les Pères
et Frères passaient près de lui, il considérait leurs vêtements, pour voir s'ils n'avaient pas besoin d'être réparés ou changés. La chambre où il travaillait avec quelques serviteurs était comme un oratoire, oii la prière, le silence, les pieux entretiens avaient leurs temps réglés ; et chaque année, plusieurs de ces hommes venus comme mercenaires au collège, gagnés par ses exemples, élevés à des pensées plus hautes, demandaient à entrer dans la Compagnie ou dans d'autres Ordres religieux.
On cite de la charité du F. Anhalt un trait qui va jusqu'à l'héroïsme. Ayant rencontré un malheureux abandonné de tous, les jambes couvertes d'horribles ulcères, il obtint des supérieurs la permission de le soigner. Trois années entières, il remplit auprès de lui l'ofTice de l'infirmier le plus attentif et le plus délicat. Bien plus, avec les aumônes qu'il avait recueillies, il l'envoya prendre les eaux de Baden pour achever sa guérison. Cet homme n'ayant témoigné sa reconnaissance à son bienfaiteur que par des moqueries et des insultes, le F. Anhalt, comme un fidèle disciple de Jésus- Christ, se vengea de son ingratitude même en lui procurant une place avantageuse, oi^i il pouvait commodément gagner sa vie. Ce bon Frère expira très saintement, fortifié et consolé par le corps de Notre-Seigneur, qu'il avait voulu recevoir à genoux malgré son extrême faiblesse. II était âgé de soixante-et-un ans et en avait passé trente-huit dans la Compagnie.
Litterse annuie Provinc. Austr., anno 1759.