XXVII DECEMBRE
Le vingt-septième jour de décembre, l'an 1617, le P. Pierre Bon- GART mourut à Xanten, au diocèse de Cologne; il n'avait que trente-neuf ans, mais était déjà riche des dépouilles enlevées à l'hérésie. Bien que toute sa famille fût luthérienne, son père n'avait pas craint de lui faire commencer ses études à notre collège d'Emmerich, ne pensant pas que l'enseignement d'un professeur de grammaire pût jamais amener son fils à changer de religion. Mais bientôt le jeune écolier prit goût aux cérémonies et à la doctrine catholiques. Tous les matins il se levait avant le jour et allait en secret assister au saint Sacrifice de la messe. A la première nouvelle de ce changement, son père le fît partir pour Bâle, et lui assigna pour demeure la maison d'un des ministres protestants les plus fanatiques. Mais le ton , les déclamations, les calomnies de son nouvel hôte, mis en parallèle avec la manière dont ses anciens maîtres lui avaient parlé de Dieu, achevèrent précisément de le convertir, et il s'enfuit à Fribourg pour y embrasser la foi romaine.
Dans la Compagnie, le zèle du P. Bongart s'exerça pendant le peu d'années qu'il vécut, à Emmerich, sa patrie, et à Xanten, où il fit refleurir la foi et les pratiques de piété, surtout par le moyen
des congrégations. Depuis quatre-vingts ans, le sacrement de confirmation n'était plus administré dans le diocèse de Cologne. Le P. Bongart eut la consolation d'en rétablir l'usage parmi les fidèles. Comptant avant tout, pour le succès de sa parole, sur la bénédiction de Dieu, ce véritable apôtre montait en chaire enveloppé d'une ceinture armée de pointes de fer, et la douleur lui inspirait un nouvel élan pour faire aimer Jésus-Christ crucifié. A sa mort, le peuple de Xanten demanda qu'on l'exposât dans son cercueil, visage découvert. Le gouverneur de la ville , toute la garnison et le chapitre en corps assistèrent à ses funérailles. 11 avait passé dixsept ans dans la Compagnie.
Reiffenberg, Histor. Provinc. Rheni Inferior., lib. 15, p. 536 seqq. — Hisloria Provinc. Rhénan, ann. 1617, CoUegium Entbricense {Archiv. Rom.)
* Le vingt-septième jour de décembre de l'an 1767, mourut à Neustadt le P. Jacques Geisweiler, à l'âge de soixante-et-un ans, dont il avait passé trente-neuf dans la Compagnie. Il avait, dit son biographe, toutes les vertus d'un missionnaire ; il tenait son corps en perpétuelle servitude, se contentait d'aliments grossiers, soumettait toutes ses actions à une rigoureuse censure, entourait de précautions sévères son double vœu de pauvreté et de chasteté, et par la prière entretenait un commerce intime avec Notre-Seigneur et les saints. Malheureusement la délicatesse de sa poitrine et de violents crachements de sang obligèrent les supérieurs à le retirer de la carrière apostolique.