XXVIII DECEMBRE
* Le vingt-huitième jour de décembre de l'an 1681, mourut à Warasdin le P. Léonard Sabater, né à Klagenfurt en Carinthie, religieux d'une grande vertu, mort à l'amour-propre, uniquement sensible à l'honneur et au service de Dieu. Il prêcha plusieurs années avec d'éclatants succès et une haute réputation d'éloquence ; mais c'est par l'humilité et la pénitence, jointes à un travail acharné, qu'il attirait les bénédictions de Dieu sur sa parole. Quelques heures avant de monter en chaire, il se prosternait dans sa chambre au pied de son crucifix, traçait avec sa langue une grande croix sur le plancher, et prenait ensuite une rigoureuse discipline. La louange lui était odieuse ; en toute sincérité, il se considérait sur la terre comme un poids inutile.
Mais autant le P. Sabater faisait peu cas de lui-même, autant il était jaloux des intérêts et de la gloire de Dieu. On lui dit un jour qu'en soutenant les droits du collège dont il était Recteur, il avait vivement froissé de hauts personnages : « Il n'importe, répondit-il en souriant, pourvu que j'agisse toujours bien, et que je garde les bonnes grâces de Dieu ». Sur le point de mourir, il put se rendre le témoignage de n'avoir eu en vue dans le gouvernement de ses frères que de maintenir dans leur éclat l'observation