‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 49 sur 322 · XXXI JUILLET · texte numérisé non relu

XXXI JUILLET

Le trente-et-unième jour de juillet moururent saintement dans les armées catholiques, au service des soldats malades, le P. Jean Su- TOR au camp de Tilly, non loin d'Ulm en 1620, et le P. Jean RoHRwoLF à llmenstadt, près de Francfort-sur-le-Mein en 1646.

Le P. Jean Sutor enseignait la philosophie à Dillingen, lorsqu'il apprit que les troupes impériales étaient décimées par la maladie ; il obtint de quitter sa chaire pour voler à leur secours. Souvent on le voyait charger sur ses épaules de malheureux soldats frappés loin du camp par la contag-ion, et les porter aux ambulances. Au milieu des travaux accablants de ce ministère de charité, il ne tarda pas à subir lui-même les atteintes du mal. Les grandes vertus, dont il avait donné l'exemple durant sa vie, parurent alors avec un plus vif éclat. Huit jours avant la fùte de saint Ignace, étendu déjà sur son lit de souffrances, il demanda avec une confiante simplicité à son supérieur la permission de mourir le même jour que notre Bienheureux Père pour aller célébrer sa fête au ciel. Le Père supérieur, le croyant en délire, répondit « Oui ». — « Dieu soit béni, reprit le P. Sutor, je partirai ce jour-là ». Et en effet, il expira le SI juillet à l'âge de trente-huit ans, dont il avait passé quinze dans la Compagnie.

Le P. Jean Roiimvor,F était appelé l'ange des armées impériales, tellement il répandait autour de lui de sainte édification par sa douceur et sa modestie. Il avait rempli pendant plusieurs années les fonctions de ministre et de prédicateur, et allait être chargé du gouvernement d'un collège, lorsqu'il plut à Notre-Seigneur de couronner ses vertus et son dévouement. Il semble avoir été averti par notre Bienheureux Père de sa fin prochaine. Dix-huit jours avant qu'il expirât, il vit deux de nos Pères, morts depuis quelque temps déjà, se montrer à lui : « Nous venons, lui disent-ils, vous inviter à prendre place dans les rangs de la Compagnie triomphante ». La maladie du P. Rohrwolf était encore à ses débuts et paraissait n'offrir aucun danger. Mais à partir de cette vision, elle s'aggrava ; le saint religieux, l'àme inondée de joie, ne voulut plus s'entretenir que du bonheur d'aller voir Dieu et partager au ciel la félicité des enfants de la Compagnie. Il mourut très pieusement à l'âge de quarante ans, dont il avait passé vingt-et-un en religion.

P. Pierre Sutoh. — Kropf, Histor. Provinc. German. Superior., t. 4, n. 818, p. 242. — Sommervogel Biblioth., t. 7, p. 1722.

P. Jean Rohrwolf. — Schmidl, Histor. Provinc. Boheni., t. 5, lib. 4, n. 149, p. 237. — Nadasi, Pretiosœ occupât., c. 18, n. 1, p. 152 ; c. 36, n. 1, p. 285. — 1d., Ann. dier. memor., Si^» jul., p. 72.

Le trente-et-unième jour de juillet de l'an 1664, le P. Goswin Nickel, neuvième successeur de saint Ignace dans la charge de Général, alla, comme sa sainte vie donne lieu de l'espérer, achever

XXXI JUILLET. P. GOSWIN NICKEL. Si

au ciel la fête de notre Bienheureux Père, dont il avait, avec une tendresse toute fdiale, propagé le culte et l'esprit parmi les enfants de la Compagnie. Ce serait, disait-il souvent, une grande erreur pour un jésuite, et particulièrement pour un supérieur, d'aller chercher dans des règles et des ordonnances nouvelles, une perfection plus haute ou mieux définie que celle de nos Constitutions, tandis qu'il nous suffit pour devenir des saints de bien comprendre et observer fidèlement les prescriptions de notre Bienheureux Fondateur, Satis superque provisuin Societati legibus profectis a magna mente Ignatii. C'est là, disait-il encore, que nous trouverons la chaîne d'or qui nous tiendra unis les uns aux autres et avec Dieu.

Ce peu de mots résument tout le gouvernement du P. Nickel et nous semblent un bel éloge. Il n'enseignait du reste aux autres que ce qu'il avait toujours pratiqué lui-même. Son respect pour les moindres conseils de saint Ignace allait si loin, ([u'à l'âge de quatre-vingt-deux ans, il put dire à un novice, qui le voyait avec étonnement marquer encore le résultat de son examen particulier : « Par la grâce de Notre-Seigneur, je ne me rappelle pas jamais avoir manqué à cette addition de notre Père, depuis qu'il m'a reçu au nombre de ses enfants ».

Les dernières années du P. Goswin Nickel furent affligées par de si pénibles souffrances que, sur son instante prière, la onzième Congrégation générale, réunie en 1661, consentit à le décharger du poids des affaires et lui donna le P. Oliva pour vicaire et successeur. A partir de ce jour, le saint vieillard ne fit plus que s'entretenir avec Dieu. Ses infirmités ne lui permettant ni de faire un pas ni de s'étendre dans son lit, on le traînait tous les jours dans un

fauteuil jusqu'à la chapelle domestique pour y recevoir le corps de Notre-Seig-neur et y visiter le Saint Sacrement. 11 attendit ainsi trois années entières avec une inaltérable douceur le moment de sa délivrance, répétant pour ainsi dire à chaque instant cet acte admirable de résignation qu'il avait lu dans la vie du vénérable P. Louis du Pont et écrit de sa main : Fiat^ Domine, in me, de me, per me, circa me et circa mea omnia, sanctissima voluntas tua, in omnibus et per omnia, mine et in icternwn. Amen.

N.vDASi, Ann. clier. menior., '.M jul., p. ;î.56. — Drews, Fasti..., 31 juL, p. 292. — Patiugnani, MenoL, 31 luglio, p. 25.5. — Les divers Ménologes, V. g. Menai, romano, 18'iO, p. 93 ; Guidée, p. 241 ; Ancien Ménol. français, Paris 1747, p. 103 ; Menolog. Sanctor. et Viror. illustr. S. J., Tyrnaviœ 1730, p. 111; Menolog. de Varones illustres... Madrid, 1729, p. 96.

— SoTUELLUs, Biblioth., p. 304. — Sommervogel, Biblioth., t. 5, p. 1706.

— H.vRTZHEiM, Biblioth. Colon., p. 106. — Cuétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 3, ch. 8, p. 408 ; t. 4, ch. 2, p. 85.

DE

ASSISTANCE DE GERMANIE

PREMIÈRE SÉRIE

Page 1