IV AOUT
Le quatrième jour d'août de l'an 1636, mourut saintement à Varsovie le P. Christophe Grenzing, de Feldkirch, après avoir travaillé pendant plus de trente ans en qualité de Recteur, de Provincial, d'Instructeur des Pères de troisième probation et de Visiteur, à faire fleurir le plus pur esprit des Constitutions de saint Ignace, en Allemagne, en Bohème et en Pologne, au milieu des guerres civiles et de la dispersion continuelle des membres de la Compagnie. La Province de Haute-Allemagne lui fut redevable en particulier d'avoir relevé chez elle les lettres latines, au grand profit de ses collèges, par le renouvellement de son juvénat. La Bohême lui dut aussi ce bel ordre et cette forte organisation, qui faisaient l'adrniration du P. Lancicius, et lui inspiraient, en l'honneur de la nouvelle Province récemment détachée de celle d'Autriche, les magnifiques éloges que nous lisons en tête de ses opuscules.
A l'âge de soixante-quatre ans, le P. Grenzing, épuisé par les fatigues de sa longue administration, assiégé de nombreuses infirmités et pressentant déjà le prochain appel de Dieu, fut nommé par le P. Mutins Vitelleschi Visiteur de la Province de Pologne. Il se mit aussitôt en route, heureux de sacrifier à la Compagnie et au bien de ses frères ce qui lui restait de forces. Mais à peine avait-
il commence sa visite, qu'il tomba sous le fardeau, victime de l'obéissance et de la charité. I! avait vécu cinquante-cinq ans dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provinc. Bohetn., t. 4, lib. 3, n. 50, p. .597. — Kropf, Histor. Provinc. Germait. Super., ;. 4, nn. 244 seqq., /7. 84 ; t. 5, «. 673, p. 381. — SoMMERvoGEL, BibUot/i., t. 3, p. ilZl . — Lancicius, Opuscul. spiritual., t. 1, cdit. in-f", Anluerpiœ, 1650.
Le quatrième jour d'août nous rappelle le souvenir de deux jeunes et pieux ouvriers de la Province de Bohême, morts au début de leur carrière apostolique : le P. Mathias Rosel en 1647 à Wsetin en Moravie, et le P. Richard Porsch à Olmutz en 1650.
Le P. Mathias Rosel cultivait depuis peu de temps le sol ingrat de la Valaclîie, où les premiers missionnaires n'avaient pu recueillir encore qu'une moisson peu abondante. Mais l'ardent désir qu'il avait de glorifier Dieu, lui avait inspiré le vœu de ne laisser échapper aucune occasion de travailler à la dilatation de son règne, lui fallût-il parcourir les campagnes en mendiant son pain. On peut dire qu'il mourut à la peine, martyr de son zèle, à l'âge de trente-cinq ans, dont il avait passé quatorze dans la Compagnie.
Le P. Richard Porsch était né à Brûnn. Placé malgré sa jeunesse à la tête du pensionnat d'Olmutz, il inspirait, par son exem pie encore plus que par ses leçons, aux enfants qui lui étaient confiés, une étonnante ardeur à se vaincre. Son amour pour la pauvreté religieuse était tout filial ; il ne souffrait rien dans sa chambre qui ne fût absolument indispensable ; pour toutes ri-
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chesses après sa mort, il ne laissa que ses instruments de pénitence, rougis de son sang. Il mourut à l'âge de vingt-neuf ans, il en avait passé quatorze dans la Compagnie.
P. Mathias Rosel. — ScHMiDL, Hïstor. Provinc. Bohent., t. 5, lib. 5, n. 13, p. 322.
P. Richard Porsch. — Litter. ann. Socîet., ann. 1651,/;. 71. — Schmidl, Histor. Provinc. Bohem., t. 5, lib. 6, n. 33, p. 738. .
* Le quatrième jour d'août de l'an 1692, mourut au collège de Gratz le F. Jean Happoeck, Goadjuteur temporel. 11 avait d'abord servi de compagnon au confesseur de la reine de Pologne, et ensuite pendant vingt-deux ans avait été sacristain de l'église de la Gompagnie à Gratz. Sa sollicitude à entretenir dans tous les détails de son office un ordre parfait et la propreté la plus exquise était vraiment admirable ; elle lui était inspirée par un grand esprit de foi et une dévotion très tendre au Saint Sacrement. Blessé gravement au pied, la douleur ne l'empêchait pas d'aller souvent adorer Notre-Seigneur au tabernacle. L'infirmier essayait de l'en empêcher: « Mon frère, lui répondit-il, ne voyez-vous pas ces mendiants, boiteux, estropiés, qui viennent tous les jours à la porte de notre église ? Rien ne les arrête, ni la douleur de leurs plaies, ni l'inclémence de l'air, et ils s'estiment heureux, s'ils reçoivent quelque maigre aumône. Et moi, si dénué des grâces de Dieu, je n'irais pas me prosterner devant mon Seigneur, le pain vivant, l'unique soutien et l'unique force de mon àme ! Je me traînerai donc sur
les pieds et sur les mains, s'il le faut ; et si je ne puis adorer mon Sauveur les yeux et le visage levés au ciel, je lui rendrai mes hommages le front incliné vers la terre ».
Pendant les vingt-deux ans qu'il vécut à Gratz, le F. Happoeck n'eut d'autre chambre qu'un réduit étroit presque sans air et sans lumière ; encore était-il obligé souvent de le partager avec un compagnon. Un de ceux qu'on lui avait donnés, beaucoup plus jeune, se plaignait un jour devant lui de l'incommodité du lieu. Le F. Happoeck, usant du privilège de l'ancienneté, le reprit assez vivement ; « Pour être au large, dit-il, il ne fallait pas venir à la suite de Jésus-Christ. Pensez à tant d'apôtres, de grande condition dans le monde, qui passent leur vie dans des huttes, des grottes, des cavernes, exposés à toutes les intempéries des saisons. Pour moi, je préfère ma cellule au palais des rois; et sans un ordre de l'obéissance, je ne la quitterai jamais ».
Le F. Happoeck avait demandé trois grâces principales à Notre- Seigneur : travailler jusqu'à la fin de sa vie ; être emporté par une mort rapide, bien que non imprévue, et expirer dans l'octave de la fête de saint Ignace. Ce triple désir fut exaucé; il fut, en pleine activité, frappé d'un coup soudain, mais il eut le temps de recevoir les derniers sacrements, et remit son âme entre les mains de Dieu, laissant après lui une mémoire bénie et la réputation d'un saint. 11 était âgé de soixante-deux ans, et en avait passé quarante dans la Compagnie.
Litterse aiiii. Provinc. Austr., aiiiio 1692 (Archiv. Rom.}.