IX AOUT
Le neuvième jour d'août de l'an 1649, mourut à Maurkirch, au service des pestiférés, le P. Louis Murer, compagnon d'apostolat et de dévouement du P. Barthélémy Beswierth, tombé trois jours auparavant dans cette glorieuse carrière.
Le P. Louis Murer avait donné dans l'enseignement les plus beaux exemples de zèle. L'auteur de son éloge remarque en particulier que lorsqu'il professait les mathématiques dans nos collèges, il avait un art merveilleux pour amener dans son enseignement les salutaires pensées des fins dernières, de la fuite du péché, de l'amour de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints. Prédicateur et missionnaire, il remporta de grandes victoires sur les ennemis de la foi ; en une seule ville, il convertit jusqu'à trois cents hérétiques. Pendant les cinq dernières années de sa vie, il ne prêcha pas un sermon, sans y joindre l'explication d'un ou deux mots de l'oraison dominicale, cette prière par excellence où le Sauveur a réuni tout ce que nous devons demander. Longtemps après la mort du P. Murer et du P. Beswierth, les habitants de Maurkirch conservaient encore pieusement leur souvenir et, pour témoigner leur reconnaissance, ornaient perpétuellement de couronnes de fleurs le tombeau des deux martyrs de la charité. Le
P. Murer était entré à l'âge de dix-neuf ans au noviciat et avait passé trente-cinq ans dans la Compagnie.
Alegambe, Heroes et Victini. charit., ann. 1649, p. 462.
* Le neuvième jour d'août de l'an 1668, à Neubourg dans la Province de Haute-Allemagne, mourut le P. Jacques Balde, né à Ensisheim en Alsace. Ses poésies l'ont rendu célèbre dans toute l'Europe. Au jugement de Georges Westermayer, son récent historien, le nom du P. Jacques Balde eut plus de retentissement parmi ses contemporains que ceux des Corneille, des Milton et des Calderon. Les auteurs protestants eux-mêmes n'ont pas hésité à le saluer comme Vlîorace allemand. L'enthousiasme alla si loin que les sénateurs de Nuremberg se disputèrent la plume avec laquelle il avait écrit ses chefs-d'œuvre. Celui auquel elle échut la fit enfermer dans un étui d'argent. Le Souverain Pontife Alexandre Vil lui donna un témoignage plus flatteur encore. Après avoir lu des derniers chants du P. Balde VUronie victorieuse ou les combats de l'Ame chrétienne contre les séductions des cinq sens, il lui fit cadeau d'une médaille d'or sur laquelle il avait fait graver son portrait. Le poète, pour montrer à quelle source il puisait ses inspirations, suspendit ce joyau près d'une image de Notre-Dame.
Au milieu de ce concert d'éloges, le P. Balde resta toujours simple, modeste, affable, comme il convient à un fils de saint Ignace. Accablé de pénibles infirmités vers la fin de sa vie, il consacrait de longues heures à la prière et, pour se consoler de ne pou-