‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 81 sur 322 · XX AOUT · texte numérisé non relu

XX AOUT

* Le vingtième jour d'août cle l'an 1639, mourut à Rome, où il remplissait depuis dix-sept ans les fonctions de censeur des livres, le P. Jacques Bidermann, âgé de soixante-et-un ans, dont il avait passé quarante-cinq dans la Compagnie. Son ancien professeur, le célèbre P. Mathieu Rader, l'appelait l'Aristote, le Thomas d'Aquin, le Virgile et le Gicéron de la Haute-Allemagne, et le plaçait avec les Pères Drexelius et Stengel au premier rang des treize cents disciples qu'il avait formés dans sa longue carrière de professeur de rhétorique. Le P. Bidermann en effet occupa tour à tour les chaires de belles-lettres, de philosophie et de théologie dans les collèges de Munich et de Dillingen. Mais son attrait spécial le portait vers la poésie.

Pour ne parler que de ses compositions théâtrales, les effets qu'elles produisaient paraissent à peine croyables. Sa comédie du Glorieux, qu'il donna au collège de Munich à l'âge de vingt-quatre ans, fut accueillie avec un tel enthousiasme, qu'il n'y eut dans l'immense et brillant auditoire qu'une voix pour la redemander encore. Mais les applaudissements furent le moindre succès du poète, qui s'était proposé sur toute chose de toucher les cœurs et de les convertir. Au sortir de la grande salle, quatorze jeunes gens de la

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première noblesse allèrent s'enfermer dans la solitude de la retraite pour travailler à une entière réforme de leur vie ; et quant à celui qui avait joué le personnage du Glorieux, il dit adieu au monde et s'enrôla dans la Compagnie.

Plus grande encore et plus profonde fut l'émotion produite par la tragédie de saint Jean Calyhite. Au dénouement, de tels sanglots éclatèrent dans l'assemblée, que les princes eux-mêmes, présents au spectacle, ne purent se garder de l'émotion universelle : « Larmes fécondes, dit l'historien, qui ne coulaient pas sur des infortunes imaginaires, mais que chacun répandait sur soi-même et ses péchés ». — « C'est que, ajoute un critique, le P. Bidermann était du nombre de ces poètes chrétiens, dont la pensée capitale est de se rendre utiles encore plus que de plaire et qui, par l'appât des représentations théâtrales, ont en vue d'inspirer la vertu et la crainte de Dieu ».

SoTUELLus, Biblioth., p. 358. — Sommervogel, Biblioth., t. 1, p. 144.3. — Kropf, Histor. Provinc. German. Si/perior., t. 5, n. 519, p. 266; n. 766, seqq., p. 453-462. — Nouvelle biograph. ge'ne'r,, t. 6, p. 23.

* Le vingtième jour d'août de l'an 1650, mourut à Inspruck le P. WoLFFGANG Gravenegg, né à Elwangen en Souabe, d'une opulente et noble famille. Il avait fait ses études au Collège Germanique. A l'âge de dix-sept ans, il renonça aux riches canonicats dont il était déjà pourvu, et vainqueur des larmes de son père, il embrassa la pauvreté de Jésus-Christ dans la Compagnie. Quelques années plus tard, il revint en Allemagne, enseigna les hautes sciences à Fri- A. g. I. T. II. — 18.

bourg, Dillingen et Ingolstadt, gouverna plusieurs collèges et toute la Province de Haute-Allemagne. L'humilité et la charité furent ses vertus de prédilection. On le vit se faire le serviteur et l'infirmier des malades, dresser leurs lits, préparer leurs aliments et leur donner lui-même à manger. Loin de les regarder comme une charge pour les collèges dont il était Recteur, il priait le Père Provincial de lui en envoyer toujours quelques-uns de la Province, promettant de les entourer de ses soins et de sa sollicitude. Ame grande et généreuse, au milieu même des malheurs déchaînés sur le pays par l'invasion suédoise, le P. Gravenegg ne retranchait rien de ses libéralités envers les Nôtres et les pauvres, et Dieu daigna montrer par des faits combien cette confiance lui était agréable.

Les deux dernières années de la vie de ce vrai fils d'Ignace furent une sorte de martyre. Assiégé à la fois par les douleurs de la pierre et celles de la goutte aux pieds et aux mains, et pendant six mois condamné à une complète immobilité, le P. Gravenegg vit tout son corps se couvrir de plaies qui le faisaient comparer au saint homme Job ; mais ni sa patience, ni même sa gaieté ne se démentirent un seul moment. Gomme on parlait de faire un vœu pour retenir plus longtemps un homme si utile à sa Province : « Non, non, répondit-il ; laissez les choses aller leur cours. Pensez-vous donc que Dieu doive faire des miracles pour un misérable et un pécheur tel que moi » ? Purifié par cette longue et douloureuse agonie, le P. Gravenegg remit très pieusement son àme entre les mains de son Seigneur à l'âge de cinquante-six ans, dont il avait passé trente-neuf dans la Compagnie.

Sumniar. vùœ def'unctor. Proi'inc. Gernian. Superior. {Archiv. Rom.). — Litter. ann. Societ., anno 1650, p. 260. — Nadasi, Atin. dier. mentor.^

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