XXVII AOUT
* Le vingt-septième jour d'août de l'an 1680, dans un village de Moravie aux environs d'Olmutz, mourut le P. Charles Goliasch, d'une noble famille de Prague, homme véritablement apostolique et martyr de la charité. Encore écolier au collège de la Compagnie, il avait fait paraître dans les représentations dramatiques d'usage un si rare talent de déclamation, qu'on se plaisait déjà à saluer en lui un futur orateur. Il ne trompa point ces espérances. Après les épreuves ordinaires de la formation et de la régence, il fut appliqué au ministère de la prédication. Or, raconte un témoin oculaire, compagnon de ses travaux, toutes les fois que le P. Charles montait en chaire, l'église était inondée de larmes et retentissait de sanglots. Des foules immenses attirées par sa réputation accouraient pour l'entendre ; souvent les églises étaient trop étroites ; il devait parler sur les places publiques. De son côté, l'homme de Dieu ne négligeait rien pour faire du fruit dans les âmes ; il se dévouait à tous, surtout aux humbles et aux petits. Quand il était appelé auprès de quelques malades ou moribonds, il semblait, dit l'auteur de sa notice, non pas aller, mais voler à leur secours, porté sur les ailes de la charité.
Aux environs d'Olmutz, vivait perdue dans les forêts et les mon-
tagnes une malheureuse population depuis longtemps ravagée par l'hérésie. Le P. Goliasch fut chargé de la ramener au bon pasteur. Nulle part ses vertus et son zèle ne brillèrent avec plus d'éclat. Ces pauvres gens étaient tellement prévenus qu'ils craignaient de lui parler, et que les enfants s'enfuyaient à son approche. A force de patience et de douceur, il parvint à les gagner et même à s'en faire aimer. Tout le jour il allait à leur recherche dans leurs misérables cabanes, les instruisait, dissipait leurs préventions ; et souvent, le soir venu, il n'avait encore pris aucune nourriture et s'endormait sur une natte ou une simple planche. Ses travaux, sanctifiés par la prière, la pénitence et la charité, furent bénis. Au bout de trois années seulement de ce laborieux apostolat, toute cette population composée de plus de quinze cents personnes, avait abjuré l'hérésie et embrassé la foi romaine. Après avoir donné ses forces, le P. Goliasch eut encore le bonheur de donner sa vie. La peste s'étant déclarée dans le pays, il se dévoua sans repos et sans ménagement au service 'des malades. Atteint par la contagion, il succomba bientôt, plein de joie de mourir pour son prochain dans l'exercice de la charité. Il était âgé de quarante ans et en avait passé vingt dans la Compagnie.
Summar. vitœ defunctor. Provinc. Bohein. (Archiv. Rom.}.