‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 1 sur 327 · TYPOGRAPHIE M.-R. LEROY 185, RUE DE VANVES · texte numérisé non relu

TYPOGRAPHIE M.-R. LEROY 185, RUE DE VANVES

Entre les cinq Assistances de l'ancienne Compagnie, celle de Germanie était de beaucoup la plus considérable. D'une part, elle s'étendait depuis Belgrade, sur les confins de la Bosnie, jusqu'à Londres et à Dublin, et de l'autre, depuis Fribourg en Suisse, jusqu'à Konigsberg, Riga et Saint-Pétersbourg^ embrassant, avec les pays de langue allemande, la Pologne, la Bohême, la Hongrie, l'Angleterre, l'Irlande et les Pays-Bas. En 1750, moins de vingt-cinq ans avant la publication du bref de Clément XIV, elle comptait près de 9 000 membres (exactement 8 749), répartis en 10 Provinces. A la même époque, les trois Assistances de France, de Portugal et d'Italie et leurs dix-sept Provinces n'en avaient que 8 730, et toute la Compagnie que 22 500. Elle formait donc à elle seule près des deux cinquièmes de l'Ordre entier et égalait trois autres Assistances réunies ensemble.

Dès lors, on le comprend, il était difficile de restreindre à deux seuls volumes, comme le P. de Guilhermy l'avait fait pour chacune des trois Assistances précédentes, le Ménologe de tant de Provinces florissantes, dont l'une, celle d'Autriche, inscrivait dans son catalogue en 1767 les noms de 1006 prê-

très, 46G Scolastiques et 434 Frères coadjiiteurs, dépassant ainsi l'Assistance entière de Portugal, qui en 1750 ne comprenait que 1756 sujets, dont 927 prêtres. Il fallait forcément lui donner une plus grande étendue, sous peine de sacrifier la biographie d'un grand nombre de religieux, dont le nom mérite d'être conservé.

Voici le plan que nous avons cru devoir suivre. L'Assistance de Germanie se composant de dix Provinces, nous avons partagé ces provinces en deux Séries de cinq Provinces chacune. La première Série comprend l'Autriche, la Bohême, la Haute-Allemagne, le Haut et le Bas-Rhin, Provinces plus rapprochées les unes des autres par la langue, les usages, la dépendance d'une même autorité politique ; dans la seconde Série, viennent les autres Provinces, la Pologne, la Lithuanie, les deux Belgiques et l'Angleterre, plus différentes de mœurs, de langue et de nationalité. A chacune de ces deux Séries nous avons attribué son Ménologe propre, allant du premier janvier au trente-et-un décembre et formant deux volumes : la réunion de ces deux Ménologes particuliers compose le Ménologe complet de l'Assistance de Germanie. Une table alphabétique générale de tous les Pères et Frères, dont l'éloge figure au cours de l'ouvrage entier, termine le quatrième volume.

Ce travail, quand il sortit des mains du P. de Guilhermy, n'avait pas d'aussi grandes proportions. L'auteur, avec une réserve que nous pouvons à bon droit trouver excessive, ne lui avait même donné que le titre cVEssai. Il se proposait d'y revenir plus tard, afin de le compléter, et avait

réuni dans ce dessein une multitude de notes, fruit de ses immenses lectures. Malheureusement, le temps lui a mancjué pour mettre en œuvre ces matériaux ; et c'est à nous qu'est revenue la tâche de produire au grand jour les richesses, encore en réserve, amassées par cet infatigable chercheur, et celles que nous avons pu y ajouter no us-môme, en parcourant les Nécrologes, les Lettres annuelles, les Histoires générales et particulières de la Compagnie. Mais tel qu'il nous l'a laissé, le Ménologe de l'Assistance de Germanie, revu par lui, autographié sous sa direction, n'en est pas moins du plus haut intérêt et forme la partie principale du recueil que nous publions aujourd'hui.

On connaît les prédilections de notre Bienheureux Père pour ces peuples du Nord que le schisme et l'hérésie disputaient à l'Église romaine, les efforts de son zèle pour sauver de l'erreur ceux dont la foi n'avait pas encore failli, et ramener à la vérité ceux qui s'étaient laissé séduire. Au témoignage solennel des Souverains Pontifes, c'est en grande partie pour cette œuvre d'apostolat qu'il avait fondé la Compagnie, sous l'inspiration de Dieu. C'est en vue du même dessein qu'il institua le Collège Germanique, lequel, au dire d'un des plus fameux luthériens, Martin Chemnitz, suffirait pour mériter à sa milice d'être appelée c< la perte de l'Allemagne et la ruine de l'Évangile réformé y>. Enfin, c'est pour obtenir le même résultat, qu'il établit dans toutes les Provinces de la Compagnie, sans en excepter même celles des Indes, une ligue de prières et de saints Sacrifices. Dieu sait combien de victoires ont été le fruit de cette croisade, qui

vin

depuis plus de trois siècles, et de nos jours encore, ne cesse de livrer au ciel des assauts redoublés.

La Compagnie, c'est justice de le dire, a pleinement répondu à ces prédilections de son fondateur. Pour ne parler ici que de l'Assistance de Germanie, toutes ses Provinces, celles d'Allemagne et de Pologne, comme celles d'Angleterre et des Pays-Bas, ont rivalisé de zèle et d'héroïsme dans cette grande mission. Nos histoires racontent, et les pages qui suivent diront à leur tour, quels travaux elles ont soutenus pour la gloire de Dieu et la vérité, quels triomphes elles ont remportés. Chacune a ses grands hommes, théologiens, exégètes, controversistes, missionnaires, éducateurs de la jeunesse, et ses héroïques martyrs tombés sous la hache, morts d'épuisement dans les cachots ou victimes du poison.

Ce n'est pas seulement dans la lutte contre l'erreur que ces Provinces se sont signalées; elles n'ont pas rempli avec un moindre éclat les autres ministères de la Compagnie : la direction des âmes par la parole dans le secret du tribunal de la pénitence, ou par la plume dans une multitude d'ouvrages; l'administration des sacrements, surtout de pénitence et d'eucharistie, tombés presque partout en désuétude et remis en honneur ; la prédication dans les plus humbles chaires comme à la cour des princes, des rois et des empereurs ; enfin toutes les œuvres de charité auprès des pauvres, des prisonniers, des malades, jusqu'au sacrifice de la vie. Ceux qui ont succombé dans les hôpitaux et dans les lazarets se comptent par centaines. Pour ne citer qu'un exemple, au catalogue général des défunts de la Compagnie

en l'année 1710, on peut relever les noms de quatre-vingtdouze Pères ou Frères morts au service des pestiférés dans la seule Province de Lithuanie.

A ces travaux, ajoutons ceux de l'étude. Dans toutes les branches des connaissances humaines, théologie, philosophie, histoire, littérature, poésie, beaux-arts, sciences mathématiques, astronomie, les noms fameux se pressent sous la plume. Rappelons enfin les gloires de l'apostolat lointain. L'Assistance de Germanie n'avait pas de missions en propre dans les pays infidèles. Elle trouvait, au-dedans de ses frontières, un champ assez vaste non moins fécond en fatigues et dangers de toute sorte. Cependant plusieurs de ses enfants, pressés par la flamme du zèle, ne laissaient pas d'aller se joindre aux apôtres, qui travaillaient aux extrémités du monde à étendre le royaume de Jésus-Christ. Nous les voyons au Mexique, en Californie, au Paraguay, en Chine, dans les Indes orientales ; plusieurs rougissent de leur sang ces terres longtemps stériles et y font mûrir de belles moissons. Enfin l'Assistance de Germanie peut montrer la glorieuse phalange de ses saints et de ses bienheureux, les Stanislas, les Jean Berchmans, les Canisius, les Campion et les Bobola, en sorte que, là comme partout, l'arbre planté par notre Bienheureux Père a porté ses fruits de science, de vertu et de sainteté, pour la gloire de Dieu, l'honneur de l'Eg-lise et le bien des âmes.

Suivant la règle adoptée pour les Ménologes précédents de France et d'Italie, nous nous sommes renfermés exclusivement dans les trois premiers siècles de la Compagnie : nous nous arrêtons à l'année 1840.

Pour la distriljutioii elle-même des notices, quand il s'en rencontre plusieurs le môme jour, nous plaçons toujours en premier lieu, et par ordre chronologique, celles qui sont du P. de Guilhermy ; nous rangeons à la suite, également selon l'ordre des temps, celles que nous avons ajoutées d'après ses notes ou nos propres documents ; elles sont marquées d'un astérisque (*).

C'est d'après le lieu d'origine de ceux dont elles résument la vie que nous inscrivons ces notices dans l'une ou l'autre Série, et non d'après le pays et la Province où ils ont vécu et sont morts. Ainsi, par exemple, un religieux né en Bohême ou en Silésie, sera attrihué à la première Série, bien qu'il soit entré, comme cela n'était pas rare, en Pologne ou en Lithuanie, et qu'il ait travaillé dans ces Provinces jusqu'à la fm de sa vie.

L'orthographe des noms propres de personnes et de lieux n'est pas constante. Pour les premiers, nous avons suivi nos documents, manuscrits ou imprimés. Plusieurs de ces noms ne se rencontrent guère que sous la forme latine, Clavius, Drexelius, Stredonius, Canisius ; nous avons gardé cette forme. Dans la Province d'Angleterre, il arrive souvent que plusieurs noms sont attribués à un même sujet : les missionnaires devaient avoir recours à ce moyen pour se dérober aux poursuites des persécuteurs. Nous avons retenu le vrai nom quand nous l'avons connu ; quand nous n'avons pu le distinguer des noms d'emprunt, nous avons choisi celui sous lequel le religieux est plus habituellement désigné. Dans les Records ou Souvenirs de la Province d'Angleterre, le F, Foley donne

la liste de ces pseudonymes (cf. t. 7, p. 886-950.) — Quant aux noms de lieux, puisque ce Ménologe est en français, nous avons cru devoir adopter aussi l'orthographe française, au moins pour les plus considérables et les plus connus. Nous écrivons Londres, Vilna, Mayence, Aix-la-Chapelle, Cracovie . . . ; pour les autres, nous gardons l'orthographe du pays même.

La chronologie n'est pas non plus sans difficultés. Autant que possible, pour les dates, soit de jours, soit d'années, nous nous sommes conformé aux documents originaux ou plus anciens, Catalogues, Lettres annuelles, Siimmaria vilœ, écrits aux temps mêmes de la mort de ceux dont nous rappelons le souvenir. Pour la Province d'Angleterre et les pays soumis à la Russie après le partage de la Pologne, il se présente une difficulté spéciale, le calendrier grégorien n'ayant jamais été adopté en Russie, et n'ayant été introduit en Angleterre qu'en 1752. Il n'a pas toujours été possible de déterminer si les dates, concernant les religieux morts dans ces pays, sont données en vieux ou en nouveau style. On sait que celles-ci sont en avance, d'abord de dix jours jusqu'en 1700, et ensuite, selon le siècle, de onze et douze jours sur les mômes dates exprimées en vieux style.

A la fin de chaque volume nous plaçons une carte de l'Assistance ; c'est une réduction de la grande carte in-folio dressée en 1725 par les soins du P. François Hartzheim et dédiée au R. P. François Retz, alors Assistant de Germanie, et plus tard Général de la Compagnie.

En terminant cet avant-propos, c'est un devoir pour nous d'exprimer notre vive et respectueuse gratitude à tous ceux

des Nôtres qui nous ont prêté leur concours dans l'accomplissement de notre tâche. Qu'il nous soit permis de nommer le P. Alexandre Vivier, bien connu par ses patients et utiles travaux d'une érudition si consciencieuse, le P. Jean- Baptiste Van Meurs, dont l'obligeance est proverbiale parmi ceux qui s'occupent d'écrire l'histoire des hommes et des choses de la Compagnie, le P. Carlos Sommervogel, dont le magnifique ouvrage. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, nous a rendu de si précieux services, et qui, avec un empressement que nos fréquents appels n'ont jamais lassé, a mis à notre disposition tous les trésors recueillis au cours de sa longue carrière de bibliographe.

Daigne Notre-Seigneur Jésus-Christ bénir ces pages, consacrées à glorifier la mémoire de ceux qui se sont signalés à sa suite, et leur donner de porter quelque fruit, en nous animant, nous les frères et les successeurs de tant de vaillants et de saints religieux, à pratiquer les mêmes vertus et à soutenir les mêmes travaux, ad majorem Dei gloriain.

Jacques Terrien, s. j.

Paris, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus, 17 juin 1898.

DE

ASSISTANCE DE GERMANIE

PREMIÈRE SÉRIE

Page 1