‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 103 sur 327 · III MARS · texte numérisé non relu

III MARS

* Le troisième jour de mars de l'an 1596, mourut au collège de Krummau en Bohême le P. Nicolas Salius, de Prague, justement célèbre dans sa Province par les luttes qu'il eut à soutenir pour demeurer fidèle à sa vocation. Il avait déjà prononcé ses premiers vœux, lorsque ses parents, ne pouvant dominer leurs regrets et se faire à son absence, vinrent avec éclat le réclamer au collège de Prague. Larmes, supplications, menaces, ils mirent tout en œuvre ; Nicolas demeura inllexible. Le père alors en appela à l'archevêque de la ville et à son chapitre ; il se plaignit avec amertume des Pères de la Compagnie, qui lui avaient ravi son fils; il accusa celui-ci d'ingratitude et de cruauté et, se laissant aller à l'impétuosité de sa colère, déclara qu'il le tuerait à la première rencontre. Le jeune homme répondit qu'il n'avait subi la pression de personne et n'avait fait que suivre la voix de Dieu ; il ajouta qu'il était prêt à mourir pour tenir ses engagements. L'archevêque et tout le chapitre applaudirent à sa noble fermeté et lui donnèrent gain de cause.

Quelques années plus tard, des attaques semblables se renouve-

lèrent. Ce fut le président du sénat lui-môme qui vint essa^-er d'ébranler sa constance. Cet homme, croyant sans doute l'éblouir, n'eut pas honte de lui proposer, outre une somme d'argent considérable, une brillante position et la main de sa fille, s'il voulait rentrer dans le monde. A ces misérables sollicitations, Nicolas Salins ne répondit que par le silence, et comme elles se répétaient, il refusa de voir davantage l'indigne magistrat.

Ainsi fortifié et enraciné dans sa vocation, il devint un parfait instrument de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Pendant sa régence au collège de Prague, il donna, selon l'usage, à la rentrée des classes, une représentation théâtrale, saint Weiiceslas martyr. C'était la première tragédie composée en langue tchèque. Le succès en fut immense. Le sénat fournit de lui-même, sans qu'on lui eût rien demandé, des tapis, des armes, des hérauts et des soldats. Et tout le monde disait que cette tragédie avait plus fait que beaucoup de discours pour concilier aux Jésuites l'estime, la considération et les sympathies de toute la ville. Devenu prêtre, le P. Salins remporta dans les missions d'autres triomphes non moins glorieux; le zèle des âmes, dit l'historien de la Province de Bohême, le transportait. A ses heures de loisir, il travaillait à faire revivre et à glorifier par la plume les saints de son pays. C'est ainsi qu'il publia les vies de saint Procope abbé, et de sainte Ludmille martyre, insérées par Surius dans son recueil, et celle du marl3r saint Wenceslas. II avait rassemblé les actes de plusieurs autres; mais la mort ne lui permit pas de les mettre au jour. Il expira pieusement à l'âge de cinquante-cinq ans, dont il avait passé trente-quatre dans la Compagnie.

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