IX MARS
* Le neuvième jour de mars de l'an 1682, au collège d'Amberg en Bavière, mourut le P. Jean Bissel, de Babenhausen dans le diocèse d'Augsbourg, écrivain, prédicateur et religieux éminent. Dès sa première enfance, il s'était signalé par une intelligence et une vertu d'une précocité peu commune. A cinq ans il avait commencé à apprendre seul le latin, afin de pouvoir lire l'Evangile, dont il faisait déjà ses délices. A onze ans, assistant un jour à une procession du Saint Sacrement, il se sentit animé d'un immense désir d'acquérir la science pour mieux servir Notre-Seigneur. Bientôt, il fut en état, sans le secours d'aucun maître, de lire les auteurs latins. Il aborda ensuite l'étude du grec, et s'y rendit si habile qu'il pouvait prendre ses notes en cette langue. Sa ferveur croissait avec sa science. Sans autre guide que le Saint-Esprit, il savait démêler les artifices de l'ennemi des âmes, et au milieu des plus grands périls, il garda son cœur dans une pureté parfaite. Jean Bissel parvint ainsi à sa dix-septième année. C'est alors seulement qu'il entra dans un collège de la Compagnie ; du premier coup il se plaça à la tète de ses condisciples en rhétorique et en philosophie ; il ne les devançait pas moins par sa piété ; il communiait tous les huit jours et faisait un usage fréquent des jeûnes, du ciliée et des flagellations.
Aussi lorsqu'il revêtit à vingt ans les livrées des enfants de la Compagnie, sa vertu était déjà mûre ; et dès la seconde année de son noviciat, il fut chargé d'une classe de grammaire au collège de Munich. Plus tard, il enseigna la philosophie et la controverse à l'université d'Ingolstadt, et enfin se consacra au ministère de la prédication. Pendant plus de trente ans, il occupa la chaire sacrée avec honneur, également bien accueilli des grands et du peuple, des esprits cultivés et des plus simples fidèles. A ce travail, le P. Bissel joignait celui de l'étude et de la composition. Il ne connaissait vraiment aucun repos : à peine donnait-il quelques heures rapides au sommeil ; la vieillesse même ne ralentit pas son ardeur ; trois jours avant sa mort, à l'âge de quatre-vingts ans, il corrigeait encore les épreuves de ses ouvrages.
L'étude n'avait point desséché sa dévotion. 11 s'entretenait longuement avec Dieu dans la prière, et fut souvent favorisé de grâces très précieuses dont il fixait le souvenir, à l'exemple des saints, dans des notes intimes,' afin de s'animer à la reconnaissance et à une générosité de cœur de plus en plus grande. Dans les derniers temps de sa vie, obligé, par l'affaiblissement de ses forces, à demeurer comme prisonnier dans sa chambre, le P. Bissel ne laissait pas de se traîner de temps en temps au réfectoire pour y faire sa coulpe devant ses frères et s'humilier.
Litterœ ami. Provinc. German. Supcrior. anno 1682 (Archw. Rom.). — SoTUELLus, Biblioth., p. 421. — Sommeryogel, Bibliotli., t. 1, p. 1513. — Biographie univers., t. ù8, p. 309.