‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 114 sur 327 · IX MARS. P. PHILIPPE HARTUNG · texte numérisé non relu

IX MARS. P. PHILIPPE HARTUNG

* Le neuvième jour de mars de l'an 1682, mourut au collège d'Éger le P. Philippe Hartung, né à Theysing en Bohême de parents récemment convertis du luthéranisme. Quand il manifesta l'intention de revêtir l'habit de la Compagnie, plusieurs s'efforcèrent de l'en dissuader et de l'engager sous une règle moins austère. Il était sur le point de céder à leurs instances, lorsque Notre-Seigneur et la sainte Vierge vinrent à son secours et le raffermirent dans sa première résolution. 11 entra au noviciat de Brûnn à l'àge de seize ans. Animé d'un désir ardent de travailler et de souffrir beaucoup pour Notre-Seigneur et pour les âmes, il fit le double vœu de se dévouer au service des pestiférés et de se consacrer aux missions les plus pauvres, « à celles où il ne trouverait, disaitil, aucune des commodités de la vie, mais seulement des périls de mort manifestes et extrêmes ». Les populations hérétiques du territoire de Sternberg dans les montagnes de Silésie furent le premier objet de son zèle. Il se construisit une pauvre cabane en dehors de la petite ville de Thomstadt, et c'est là qu'après avoir donné tout le jour au travail il se retirait la nuit pour prier et faire pénitence. Les contradictions et les épreuves ne lui manquèrent pas. Il fut en butte aux moqueries, aux insultes, aux privations de toute nature; mais, à la fin, la grâce de Jésus-Christ demeura victorieuse ; et quand il fut rappelé par ses supérieurs, la ville entière de Thomstadt était rentrée au vrai bercail et l'accompagna de ses regrets et de ses larmes.

De Thomstadt, le P. Hartung fut envoyé à Glogau en Silésie ; les difficultés y étaient plus grandes encore et les cœurs plus endurcis. Par son affabilité, sa charité, ses entretiens privés et pu-

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blics, il ne laissa pas d'y recueillir des fruits abondants. En une seule année il convertit plus de cent hérétiques. Beaucoup plus considérable était le bien qu'il opérait parmi les fidèles. 11 semblait insatiable de fatigues. Son biographe assure qu'il travaillait autant que deux ou trois bons ouvriers. Le peuple, de son côté, ne se lassait pas de l'entendre, et souvent pour satisfaire cette pieuse avidité, l'homme de Dieu restait en chaire deux ou trois heures de suite et même davantage ; le sermon fini, il se renfermait dans son confessionnal, où la grâce lui amenait presque toujours quelque grand pécheur.

Au milieu de cet apostolat sans repos ni trêve, le P. Ilartung, à l'exemple de saint François Xavier, son protecteur spécial, ne perdait rien de son recueillement et de son union de cœur avec Dieu. Fréquemment éprouvé par de grandes désolations intérieures, il répétait les paroles de l'apôtre de Indes, Aniplius, Domine^ amplius, et tenait résolument tête à l'orage. Il portait toujours sur son cœur, avec l'image de Marie, l'acte de consécration, signé de son sang, de toute sa personne à cette bonne Mère. Quand il fut sur le point d'expirer à l'âge de cinquante-trois ans, on l'entendit exalter en termes animés le bonheur de sa vocation à la Compagnie ; il ne l'avait jamais mieux goûté, disait-il, que dans cette dernière agonie. Peu de temps après, il remit doucement et joyeusement son âme entre les mains de Dieu.

Suinniar. vita- de/'unctor. Provinc. Bohem. [Archiv. Rom.). — SommeuvoGEL, Bihlioth., t. 4, p. 123. — Pelzel, Boemische... Gelehrte., p. 88.

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