XI MARS. P. GABRIEL HEYEXESI
avec une application plus diligente et un zèle plus pur. Placé tour à tour à la tête du noviciat et des deux collèg'es de Vienne et de T^Tuau, de la maison professe, de l'aumônerie militaire, des missions dans les provinces danubiennes et enfin de la Province, il fut constamment à la hauteur des exigences qu'entraînaient ces fonctions au milieu de difficultés de toutes sortes. Le grand cardinal Kollonicz le regardait comme son oracle, et l'empereur Léopold lui-même voulait apprendre de l'humble religieux à régner en prince chrétien.
La seule énumération des œuvres du P. Hevenesi suffirait à son éloge. Il ramène la prospérité dans plusieurs collèges ; il crée ou rétablit des chaires d'enseignement; il institue des missions, fonde des maisons nouvelles, restaure ou agrandit les anciennes. Les ressources dont il a besoin ne lui font jamais défaut, parce qu'il a trouvé, dit-il, le secret d'être toujours dans l'abondance ; c'est la libéralité envers les pauvres, envers les enfants de Dieu, il appelait ainsi ceux qui lui étaient confiés, et envers la maison de Dieu. En même temps, il trouve dans son zèle pour la sanctification des jeunes religieux de la Compagnie, des congréganistes de la très sainte Vierge et des plus jeunes écoliers le loisir de composer une multitude d'ouvrages de piété dont les Bibliothèques de nos écrivains dressent la longue liste ; il recueille les souvenirs de l'Eglise de Hongrie, rassemble les éléments d'un Ménologe de sa Province et laisse sur différents sujets des notes manuscrites qui forment des volumes considérables. A voir ce qu'il a écrit, on pourrait penser, dit le P. Kazy dans son Histoire de V Université de Tyrnau, que pendant toute sa vie il n'a jamais quitté la plume. Homme de gouvernement et écrivain, le P. Hevenesi est encore
directeur des âmes et religieux d'une perfection consommée. Ses élèves et ses pénitents peuplent les monastères ; assidu au tribunal de la pénitence, il lui arrive d'entendre en une seule année jusqu'à vingt-trois mille confessions. Nul n'est plus recueilli, plus uni à Dieu ; chaque jour, il consacre à l'oraison plusieurs heures qu'il dérobe à son sommeil. Ses mortifications égalent celles des plus austères pénitents ; outre les rigueurs communes exercées contre lui-même, il porte continuellement le cilice, et garde si longtemps autour de ses reins une chaîne armée de pointes aiguës qu'elle s'enfonce dans ses chairs et qu'il faut pour la retirer la main du chirurgien.
Ce grand serviteur de Dieu, proclamé par les étrangers niagnus et adinirabilis mourut à l'âge de cinquante-neuf ans, après avoir accompli des travaux qui auraient demandé, ce semble, la vie de plusieurs ouvriers.
Kazy, Historia Universitat. Tyrnaviens. , p. 309. — Stogeu, Scriptor. Prov. Austr.^ p. 136. — Sommeuvogel, Biblioth., t. 4, p. 340. — P. de GuiLHERMy, Notes.
* Le onzième jour de mars de l'an 1662, mourut dans la maison professe de Vienne le P. Jean Gans, de Wurtzbourg, appelé le marteau des hérétiques et le serviteur insigne de la très sainte Vierge. Il avait demandé avec instances la mission de Chine ; le refus des supérieurs lui fit verser bien des larmes ; mais ceux-ci avaient estimé qu'il rendrait plus de services à la cause de Dieu dans sa Province. Doué des plus heureuses qualités pour la chaire