XI MARS
Le onzième jour de mars de l'an 1678, mourut au noviciat de Brùnn le Frère Goadjuteur Hermann Schmitt, peintre distingué, né en Thuringe d'une famille luthérienne et converti à Prague, où il fut bientôt après reçu dans la Compagnie. Aux premiers doutes qui l'avaient assailli sur la religion, il avait eu recours au jeûne et à la prière pour obtenir la grâce de connaître et d'embrasser la vérité. Dès les débuts de sa vie religieuse, son Maître des novices, le P. Melchior Kaukal, témoin de sa fidélité sans réserve aux inspirations du Saint-Esprit, n'hésita pas à dire: « Voilà un Frère Goadjuteur qui arrivera au sommet de la perfection ». Toutes les actions du F. Schmitt étaient en effet pour Dieu seul ; il recevait tout de sa main, le mal comme le bien. Dépouillé un jour de son manteau par quelque pillard hérétique, il se contenta de dire : « Dieu soit loué ! nous en serons plus pauvre ».
Malgré sa timidité naturelle, il alla se placer courageusement un jour au pied de l'autel, afin de défendre le Saint Sacrement contre les profanations des Suédois, qui venaient d'envahir le collège de Prague pour le saccager. Il se préparait tous les jours au mart^TC et demandait à Notre-Seigneur de lui en accorder la grâce ; et par l'usage continuel du cilice, des chaînes de fer, des flagella-
lions sanglantes, de la privation de sommeil et de nourriture, il s'exerçait d'avance à en supporter les tourments. Ses oraisons, prolongées bien avant dans la nuit, étaient souvent favorisées de grâces extraordinaires. Quand la Moravie fut désolée par les armées luthériennes, dont l'approche faisait déjà trembler la ville de Brûnn, le F. Schmitt vit un ange qui les chassait du côté d'Olmutz; il courut aussitôt en donner l'assurance à son supérieur, et l'événement justifia ses paroles. Avant la suppression de la Compagnie, l'on conservait encore à Briinn, dans la chapelle du noviciat, un crucifix au pied duquel on avait trouvé le saint Frère en extase et qui lui avait parlé.
Patrignajîi, Menol., 11 marzo, p. 75. — Lobschrift des gottseeligen Bruders Hennanni Schmitt ; Su/nmar. vitic defuiict. Provinc. Boheni. (Arch. Rom.].
Le onzième jour de mars de l'an 1715, mourut très saintement dans la maison professe de Vienne le P. Gabriel Hevenesi, proclamé hautement par ses contemporains l'une des merveilles de son siècle et de sa patrie. La noblesse hongroise en effet ne nous semble pas avoir donné un plus grand homme à la Compagnie et à l'Eglise, et nous ne croyons pas que l'ancienne Province d'Autriche ait été gouvernée par un supérieur dont la sagesse, le zèle et la sainteté rappelât au môme degré notre Bienheureux Père. Novice h l'âge de seize ans, il avait paru dès lors égaler la ferveur des Louis et des Stanislas ; et l'on disait de lui, dans ses années d'étutudes et d'enseignement, qu'un ange n'eût pas étudié et enseigné