XIV MARS
* Le quatorzième jour de mars de l'an 174G, au collège de Mindelheim en Bavière, mourut dans la quatre-vingt-unième année de son âge et la soixante-et-unième depuis son entrée dans la Compagnie, le P. Léonard Bu.\ck, du diocèse d'Augsbourg, religieux d'une sainteté éminente, tour à tour professeur de philosophie et de théologie, Recteur du collège de Fribourg en Suisse, Père spirituel des Nôtres et, pendant douze ans, Instructeur des Pères de troisième probation. Après sa mort, son éloge fut envoyé à Rome au Père Général pour être inséré au Ménologe de la Province de Haute-Allemagne. Toute sa vie, lisons-nous dans cet éloge, dont nous nous contentons de reproduire quelques traits, toute sa vie, pendant plus de soixante ans qu'il a passés parmi nous, n'a été qu'entretien avec Dieu, fatigues et mortifications pour Dieu. « Deus et ego. Dieu et moi » était sa devise, a Tout en Dieu, disait-il, avec Dieu, en présence de Dieu, pour Dieu. De moi nul souci ; toutes mes pensées à Dieu». Chaque jour il se levait une heure et demie avant la communauté pour faire oraison ; et lorsque sa charge lui laissait quelques loisirs, il allait reprendre ses doux colloques au A. G. I. T. I . — 30.
pied du tabernacle. Il y demeurait parfois des heures entières à genoux, ininiobilis, Deo suo immersus.
A cet amour de Dieu répondait une haine implacable de luimême. Jusqu'à la fin de sa vie, le cilice, la discipline, l'abstinence, le jeune, toutes les mortifications lui furent familières. La Province de Haute-Allemagne doit au P. Bunck l'institution de deux œuvres qui ont grandement contribué à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Plus de cent mille pèlerins se rendaient chaque année au célèbre sanctuaire de Notre-Dame à Alt-Oetting, où se faisait la troisième probation. Afin de préparer cette foule à recueillir en plus grande abondance les fruits du pèlerinage par la réception des sacrements, le P. Bunck, alors Instructeur, organisa une sorte de mission, et en confia les exercices aux Pères tertiaires. La seconde œuvre est celle de l'alliance ou association eucharistique, fœdus eucharisticum. Le P. Bunck l'établit solennellement parmi les élèves du pensionnat Saint-Jérôme h Dillingen, le jeudi saint de l'année 172b en présence du Père Provincial. Le prince de Furstenberg, qui suivait alors les cours de ce collège, lut la formule par laquelle il s'engageait avec ses condisciples à honorer d'un culte spécial la sainte Eucharistie. Les annales du pensionnat ajoutent que cette association porta des fruits précieux de piété. Outre que ses membres se réunissaient deux fois par mois pour se renouveler dans la ferveur, ils se faisaient presque tous un devoir d'aller plusieurs fois chaque jour visiter et adorer le Saint Sacrement.
Ces pieuses inspirations de son zèle et ses héroïques vertus avaient concilié au P. Bunck la réputation d'un saint, non seulement dans sa Province, mais au dehors jusqu'en Italie. L'électeur de Bavière, plus tard empereur d'Autriche sous le nom de Charles VII,