‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 148 sur 327 · XXIV MARS. P. GABRIEL KAPI · texte numérisé non relu

XXIV MARS. P. GABRIEL KAPI

Dans ces charges diverses, le P. Gabriel Kapi se montra constamment un parfait modèle des vertus religieuses ; il faisait revivre nos premiers Pères, dit encore son historien ; comme eux il vivait avec Dieu dans une perpétuelle union de cœur que ne troublaient ni la multiplicité ni la difficulté des affaires. Il avait pris à la lettre, semble-t-il, l'enseignement du Sauveur à ses apôtres : « Sic ergo vos orabitis : Pater noster . . . Voici comment vous prierez : Notre Père»... (Matth., 6.9.) Le Pater éXdai sa prière de prédilection ; dans les allées et venues, il l'avait sans cesse sur les lèvres. « Récitons le Pater^ disait-il souvent ; et quand nous l'aurons récité un millier de fois, récitons-le encore un millier de fois ». C'est à cette prière qu'il recourait dans ses ennuis, ses tristesses, ses peines de toute nature ; c'est elle qu'il recommandait aux personnes éprouvées ; par elle il obtenait tout, même des grâces extraordinaires. On le savait bien autour de lui. En un temps où il était Vice-Recteur à Tyrnau, les affaires du collège se trouvaient en souffrance. « N'en soyez point en peine, disait quelqu'un. Si le Père Recteur dit seulement au pied de l'autel cinq Pater et cinq Ave, il est sûr d'obtenir tout ce qu'il demandera ».

Le P. Kapi était animé d'un zèle ardent ; il arracha au péché et à l'hérésie une multitude d'ilmes et ramena les pratiques de la vie chrétienne dans nombre de grandes familles où elles étaient tombées en désuétude. Il eut surtout la consolation de relever parmi ses compatriotes le culte de la très sainte Vierge, patronne de la Hongrie ; il n'établit pas moins de soixante-dix congrégations du saint rosaire en son honneur. Frappé d'une attaque d'apoplexie, le P. Kapi languit une année entière, toujours en possession de lui-même et ne cessant jusqu'à la fin de louer et de bénir Dieu.

Il s'éteignit pieusement dans la soixante-dixième année de son âge et la cinquante-cinquième depuis son entrée dans la Compagnie.

Kazy, Historia Universitat. Tyrnm'., p. 320. ■ — Stôger, Scriptor. Proi'inc. Austr., p. 167. — Sommervogel, Biblioth., t. 4, p. 913.

* Le vingt-quatrième jour de mars de Tan 1730, mourut le P. Christian Egger missionnaire à Karlsburg en Transylvanie. Il était entré déjà prêtre au noviciat, et avait dû s'arracher presque de vive force à l'affection de ses paroissiens, tellement il les avait gagnés par ses vertus sacerdotales. 11 vécut huit années à peine parmi nous ; mais on peut dire que dans ce court espace de temps il amassa les mérites d'une longue carrière.

Après quelques essais de vie apostolique, le P. Egger fut envoyé à Karlsburg. Il s'y dépensa, dit l'annaliste de sa Province, avec un dévouement dont on n'avait pas encore vu d'exemple dans cette ville ; sa parole ardente, animée de l'esprit de Dieu, produisait des fruits extraordinaires de conversion ; une multitude de pécheurs obstinés, de sacrilèges et d'hérétiques furent arrachés à l'enfer et revinrent à l'Eglise et à Dieu. Les entretiens familiers, l'assistance des pauvres, des malades, des moribonds continuaient et achevaient l'œuvre de la prédication publique. Le P. Egger ne connaissait aucun repos. Aussi quand il tomba sur ce champ d'apostolat à l'âge de trente-cinq ans, la douleur fut universelle. Les personnages de la plus haute noblesse s'unirent à la foule pour vénérer les restes du vaillant missionnaire ; et aujourd'hui encore, ajoute

Page 1