XXX MARS. — P. JEAN GUMMERSBACH
pour offrir un modèle à ceux qui désirent se consacrer au ministère aussi saint que laborieux du gouvernement des Indiens ». Le P. Jean Gummersbach naquit à Colog-ne. Atteint pendant son noviciat d'une maladie de langueur à laquelle il semblait devoir bientôt succomber, il fut guéri en un moment la veille même du jour où il allait être renvoyé dans sa famille. Par reconnaissance, il résolut de consacrer à Dieu dans les missions la vie qui venait de lui être rendue. Après quelques années de régence, il fut ordonné prêtre et obtint de s'embarquer pour le Mexique. A trois reprises, le vaisseau sur lequel il était monté fut assailli par d'horribles tempêtes ; passagers et matelots n'attendaient plus que la mort ; lui seul demeurait tranquille et rassurait tout le monde, disant qu'aucun naufrage n'était à craindre et que ce même navire, Dieu le voulant ainsi, le porterait jusqu'au Mexique.
Au collège Saint-Grégoire, le P. Gummersbach, selon la remarque du P. Hartzheim dans sa Bibliothèque de Cologne, accomplit à la lettre en faveur des Indiens ce que saint Paul disait de lui-même aux Corinthiens : Ego autem libentissime impendam, et siiperimpendar ipse pro animahus vestris (II Cor., 12. IS). Son confessionnal était perpétuellement assiégé par une foule nombreuse. Il s'y donnait à tous avec une patience, une assiduité, un dévouement qui le font comparer par son supérieur à un Régis et à un Glaver. Une fois, à l'occasion d'une fête, il y demeura jusqu'à trente heures presque sans interruption. Les rares loisirs qu'il pouvait glaner çà et là, il les consacrait à la prière, à la visite des hôpitaux et des prisons ou à la traduction en langue mexicaine de pieux ouvrages qu'il distribuait ensuite aux Indiens : « Je l'avoue avec simplicité, dit encore son supérieur, si je voulais exposer en dé- A. G. I. — T. I. — 38.
tail toutes les industries qu'inspirait au P. Gummersbach le pur amour de Dieu, il me faudrait un gros volume ; car sa vie s'est consumée tout entière sur l'autel de la parfaite charité».
Ces fatigues auxquelles le P. Gummersbach ajoutait encore dé très rigoureuses austérités pour la conversion des pécheurs, épuisèrent ses forces avant le temps. Il expira le jour du vendredi saint, pendant qu'on récitait auprès de lui les prières de la recommandation de l'âme. Il était âgé de quarante-cinq ans, et en avait passé vingt-quatre dans la Compagnie.
HA.RTZHE1M, Bihlioth. Coloniens., p. 178. — Sommervogel, Bihlioth., t. 1, articl. Balthasar, p. 855, «. 1 ; t. 3, p. 1950. — Franc.-Jav. Alegre, S. J., Historia de la Compahia de Jésus en Nuem-Espaha, t. 3, p. 261.
*Le trentième jour de mars de l'an 1751, à Goritz sa patrie, mourut le P. Michel Fait, âgé de quatre-vingt-cinq ans, dont il avait vécu soixante-deux dans la Compagnie. C'était un homme de prière et de pénitence. Il ne passait aucun jour sans se flageller ; il se frappait si durement avec des lanières de cuir hérissées de pointes aiguës, qu'un jour il fallut appeler le chirurgien pour panser ses plaies. Il tenait toutes ses passions sous le joug, uno gulee. vitio excepta, disait-il avec humilité, appelant du nom de gourmandise l-'appétit naturel dont il n'avait pu encore émousser l'aiguillon, malgré ses jeûnes fréquents et ses autres privations. Chaque jour il se levait deux heures avant la communauté pour s'entretenir plus longtemps avec Dieu. Dans ses dernières années, il ne faisait plus que prier. Animé ^l'une dévotion toute filiale envers la très sainte