‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 176 sur 327 · VI AVRIL · texte numérisé non relu

VI AVRIL

Le sixième jour d'avril de l'an i6o4, mourut à Kônig-griitz en Bohême, le P. Mathieu Preitenberger, deux fois sauvé de la mort dans son enfance par la très sainte Vierge, à laquelle sa mère l'avait consacré. Un de ses professeurs, à notre collège de Prague, lui ayant fait lire la vie de saint Stanislas, Mathieu Preitenberger choisit aussitôt ce jeune saint pour modèle. L'image qui représentait Stanislas visité par sainte Barbe et communié par les anges faisait ses délices ; et l'on a lieu de croire, qu'il reçut lui-même une faveur semblable. Un commencement de maladie scrofuleuse s'opposait malheureusement à ce qu'il suivît son cher protecteur dans la Compagnie. Pour lever cet obstacle, il eut recours à saint Norbert, dont on transportait les reliques h Prague. Après avoir fait vœu de se rendre au noviciat, s'il obtenait sa guérison, il appliqua sur son mal une image qui venait de toucher le corps du grand archevêque, et fut délivré sur-le-champ.

Jaloux de devenir un véritable enfant de saint Ignace, le F. Preitenberger s'appliqua dès les premiers jours à une parfaite obéissance, et Notre-Seigneur daigna autoriser sa ferveur par un miracle. La Moravie était désolée par des légions d'insectes et de vers qui pénétraient de toute part dans les maisons, détruisaient les

provisions de grains et menaçaient le pays d'une famine générale. Le Maître des novices, le P. Martin Stredonius, dit un jour au F. Preitenberger d'aller intimer à ces voraces ennemis l'ordre de respecter la nourriture des serviteurs de Dieu. Le novice obéit sans ombre d'hésitation, et à l'instant même, les insectes furent frappés de mort comme foudroyés.

La vertu du F. Preitenberger ne fît que grandir avec les années. A l'obéissance, il joignait un profond mépris de lui-même et un amour tout filial pour la pauvreté. Il recherchait avec une sorte de passion tout ce qu'on mettait au rebut. Si on voulait lui faire accepter un vêtement neuf, il en était à la fois attristé et humilié : « A quoi bon, disait-il, embellir un mort ? A un mort, il faut ce qu'il y a de plus misérable dans la maison » . Deux fois, il exposa sa vie avec une intrépidité héroïque au service des pestiférés. Dieu permit aussi, pour épurer sa vertu, qu'il fût assailli, presque au lendemain de son sacerdoce, par une tempête de scrupules qui ne lui laissa nul repos jusqu'à l'avant-dernière année de sa vie. L'orage ne s'apaisa alors que pour le laisser aux prises avec une autre épreuve, celle d'une longue et implacable maladie, sous les coups de laquelle il succomba enfin, sans avoir jamais cessé de bénir et d'exalter la très sainte et toujours aimable volonté de Dieu. Il était Agé de cinquante-quatre ans et en avait passé trentesix dans la Compagnie.

Litter. ann. Societ. aniio 1654, p. 93. — Nadasi, Ann. dier. mentor., 6a april, p. 187. — Drews, Fasti Soc, 6=* april., p. 131. — Patrigna- Ni, MenoL, 6 april., p. 50. — Schmidl, Histor. Prov. Bohcin., part. 3^ , lib. 5, n. 149, p. 935. — Summar. vitœ defunct. Prov. Bohein. [ Archiv. Rom.).

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