VIII AVRIL
Le huitième jour d'avril rappelle la mort du P. Michel Sybold, arrivée près d'Altkirch en 1634. Il avait été arraché malade de son lit et si cruellement flagellé par les Suédois, qu'il n'avait pu résister à ce barbare et honteux traitement, et quelques heures après avait rendu le dernier soupir. Son compagnon, le Frère Goadjuteur Schmidt, saisi près de lui et fustigé avec la même brutalité, avait été ensuite lié à la queue d'un cheval et traîné en captivité. Ainsi les protestants pajaient-ils de leur charité les Jésuites qui l'année précédente étaient venus, au péril de leur vie, les arracher aux mains et à la vengeance d'une troupe victorieuse de paysans catholiques du Palatinat.
Nommé supérieur des missionnaires de la Compagnie sur les bords du Rhin, le P. Sybold, pouvait justement, dit l'historien de sa Province, s'appliquer les paroles du grand apôtre : Abundantius omnibus laboravi (I Cor., 15, 10). Après avoir établi, pour prélude à sa difficile et dangereuse entreprise, le pèlerinage de Notre-Dame de Bittenbrunn, il avait mis vaillamment la main à l'œuvre, et dans le cours de la première année, six villes et quarante-deux villages lui durent leur retour à la foi romaine. Laissant alors à ses compagnons le champ qu'il venait de défricher et
dont la moisson croissait à vue d'œil, il pénétra dans la partie la plus inaccessible de l'ancien Norique, où les luthériens étaient persuadés que nul ne s'exposerait à les attaquer. Quelquefois en effet les populations sortaient en armes , h la seule annonce de son approche, et le menaçaient de mort s'il tentait de s'établir dans leur vallée. Quand les ordres les plus sévères du duc de Neubourg les avaient obligé s de le recevoir, il lui fallait encore braver des privations et des fatigues de tout genre pour parvenir à se faire écouter. Mais ni les obstacles des neiges, des torrents et des montagnes, ni le caractère intraitable des habitants, ne l'avaient empêché d'enlever en moins de cinq ans plus de trente mille âmes à l'hérésie . Chargé de ces glorieuses dépouilles , le P. Sybold alla plein de confiance se présenter au souverain pasteur à l'âge de soixante ans, dont il avait passé trente-deux dans la Compagnie.
Histor. Provinc. Gernian. Super., t. 4, decas 8, n. 399, p. 130 ; decas 9, n. 493, p. 417 ; t. 5, decas 10, n. kll , p. 238. — Sudan, Les Suédois dans Vévêché de Baie...., p. 33, Cf. Sommervogel, Biblioth., t. 7, p. 1693.
* Le huitième jour d'avril de l'an 1572, mourut à Vilna le P. Thomas Zdellarits, du diocèse d'Agram en Croatie. L'histoire de la Compagnie l'appelle la colonne du collège de Vilna, la consolation, la ressource des supérieurs, un véritable enfant d'obéissance. Les dons de la nature et de la grâce dont il était orné, une science à la fois profonde et étendue, une connaissance peu commune des langues de l'Europe orientale, le rendaient propre à tous les minis-