‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 211 sur 327 · XXIII AVRIL · texte numérisé non relu

XXIII AVRIL

Le vingt-troisième jour d'avril de l'an 1624, mourut saintement à Krummau en Moravie, le P. Luc Perger, religieux d'une ^simplicité et d'une ignorance des choses de la terre, qui pouvaient sembler parfois excessives, mais d'un dévouement incomparable au service de tous les malheureux, et qui lui faisait donner depuis quarante ans, par les habitants de Krummau, le nom de père du peuple, et plus particulièrement des pestiférés, des étudiants pauvres, des prisonniers et des suppliciés. Pas un de ces derniers, disait-on, fussent-ils hérétiques, schismatiques ou même juifs, et déjà entre les mains du bourreau, ne pouvait résister à sa charité. Il les assistait jour et nuit sans s'inquiéter de ce qu'il avait à souffrir.

L'Histoire de la Province de Bohême raconte à l'honneur de son zèle de véritables prodiges, où paraissait visiblement l'assistance de Dieu. Un pèlerinage de la sainte Vierge, établi à peu de distance de la ville, lui dut en grande partie son éclat. Le concours qui s'y faisait les samedis du mois d'octobre, était tel qu'on les avait surnommés dans tout le pays les samedis d'or de Notre- Dame. Tant de services n'empêchèrent pas l'homme de Dieu d'être chassé de Krummau pendant le triomphe passager des hérétiques de Bohême ; mais il s'établit dans une abbaye voisine, où les ca-

tholiques venaient en foule pour se confesser, et il fut ramené par eux en triomphe, aussitôt que les armes de Ferdinand II eurent étouffé la rébellion.

Une des œuvres les plus fécondes et les plus utiles à la foi établies par le P. Perger fut le pensionnat des pauvres écoliers, où, grâce à la générosité de quelques nobles et opulentes familles, nos Pères offraient un abri et la nourriture à un grand nombre d'enfants sans ressources. Parvenus plus tard à des charges im-

portantes dans l'Eglise ou dans l'état, la plupart de ces jeunes gens contribuèrent, par reconnaissance envers le P. Perger, à doter l'asile où il les avait recueillis et formés avec tant de sollicitude ; et à sa mort presque toutes les abbaj'es de la Haute-Autriche, qui comptaient parmi leurs religieux beaucoup de ses anciens élèves, lui firent de solennelles obsèques, aussi bien que le clergé, le peuple et les magistrats de Krummau. II était âgé de soixante-dixhuit ans et en avait passé cinquante-huit dans la Compagnie.

ScHMiDL, Histor. Proi'inc. Bohem., port. 2, lib. 3, n. 63, p. 246 ; n. 157, p. 326; lib. 4, n. 20-21, p. 405; part. 3, lib. 1, n. 114, p. 116; lib. 4, n. 45, p. 544.

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