‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 212 sur 327 · XXIV AVRIL · texte numérisé non relu

XXIV AVRIL

Le vingt-quatrième jour d'avril de l'an 1586, mourut au collège de Gratz le P. Henri Blyssem, le plus célèbre des douze religieux de la Compagnie que saint Ignace fît partir de Rome l'année même de sa mort, pour reconquérir la Bohème sur l'hérésie. Henri Blyssem n'avait alors que vingt-cinq ans. Notre Bienheureux Père n'avait pas hésité cependant à l'envoyer pour enseigner la théologie en face des plus fameux défenseurs de Luther et de Jean Hus, après l'avoir fait solennellement créer docteur aux applaudissements du Collège Romain.

D'une vertu et d'un courage aussi bien que d'une science à toute épreuve, le P. Bl3'ssem était également prêt à braver la persécution et à soutenir la controverse ; c'est de lui particulièrement, au témoignage des annales de la Province de Bohême, que le P. Paul Hoffée, second Recteur de Prague, écrivait au P. Laynez : a On voit ici le même homme monter en chaire le matin pour annoncer la parole de Dieu à la cour et au peuple ; puis se rendre aussitôt en classe pour y discuter les plus hautes questions de la foi ; passer ensuite dans la salle où se réunissent les petits enfants, et leur expliquer les premiers éléments de la grammaire ; ne les quitter que pour aller remplir TofTice de cuisinier, servir au réfectoire, garder la porte, en un mot remplir à lui seul, vu son dé-

vouement et notre petit nombre, presque tous les emplois de la maison. En vérité, mon Révérend Père, ce ne sont pas des hommes, mais des anges que vous m'avez donnés à gouverner ».

A trente ans, le P. Blyssem devenait à son tour Recteur du collège de Prague, sans cesser d'être comme auparavant le prédicateur du roi des Romains et le catéchiste de l'église métropolitaine. Bientôt après, à la requête du chapitre, il fit chaque dimanche un cours de polémique et de cas de conscience, auquel on vo3^ait assister parfois les plus illustres chefs de la noblesse et l'archevêque à la tête de tout son clergé. La plupart des ministres hérétiques refusèrent d'en venir aux mains désormais avec un pareil athlète. Leur plus fameux docteur s'étant converti, peu s'en fallut que la populace hussite, au désespoir, n'en vînt à un soulèvement général, et ne se vengeât d'une si terrible défaite par la mort du fils d'Ignace.

Nommé Provincial d'Autriche et de Bohême, le P. Blyssem ne survécut pas longtemps à de tels travaux, mais il vit en mourant, grâce à ses efforts, l'Eglise et la Compagnie presque partout triomphantes. Sa perte fut un deuil public pour les provinces qu'il avait évangélisées ; et tandis que l'archiduchesse Marie d'Autriche honorait de sa présence les funérailles du serviteur de Dieu, l'archiduc Charles, gouverneur de St3'rie, s'éloignait de Gratz et de sa cour pour aller dans la solitude le pleurer plus librement. Le P. Blyssem était âgé de cinquante-quatre ans et en avait passé trenteet-un dans la Compagnie.

Orlandinus, Histor. Societ. Jesu, lib. 12, n. 8, p. 283 ; l. 16, n. 2, p. 396. — Lilter. ann. Societ. Jesu, oiino 1586, p. 210. — Socherus, Histor. Provinc. Austr., lib. 8, n. 22, p. 320. ■ — Schmidl, Histor. Pro-

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