‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 214 sur 327 · XXIV AVRIL. — P. JACQUES MOREL · texte numérisé non relu

XXIV AVRIL. — P. JACQUES MOREL

à plusieurs reprises du collège de Porrentruy pendant la guerre de Trente ans, il eut à se défendre tour à tour contre les troupes françaises, impériales et suédoises, qui se succédaient dans la malheureuse cité et y multipliaient à l'envi les rapines et les violences. Une fois même, sur une accusation de trahison faite par un misérable qui plus tard confessa son crime, il fut chassé de la ville en plein hiver avec tous ses religieux. Quand il revint, il ne trouva partout que ruines et désolation; et les mémoires du temps racontent que pour subsister, il en fut réduit avec les siens à cultiver quelques champs appartenant au collège.

Tant de fatigues et de sollicitudes avaient épuisé la robuste constitution du P. Morel. Son sang s'altéra ; ses jambes se gonflèrent démesurément ; son corps se couvrit d'ulcères , il dut se confiner dans sa chambre comme un lépreux. Pour comble d'infortune, il devint complètement aveugle. Dans cet état, vivante image des deux saints patriarches Job et Tobie, il ne sut que bénir et louer Dieu. Le souvenir de ce qu'il avait lu autrefois, remarque le P. Nadasi, lui tenait lieu de la vue ; et la prière consolait et abrégeait les longues heures de sa solitude. Sa patience et la sainte joie qui éclairait son visage ne se démentirent pas un seul jour ; et enfin, après quatre années entières de cet incessant martyre, le P. Morel remit avec une douce confiance son âme entre les mains de Dieu à l'âge de soixante-quatre ans, dont il avait passé quarante-trois dans la Compagnie.

Nadasi, Ann. dier. menior.^ l?^ april., p. 214. — Sommervogel, Biblioth., t. 5, p. 1311. — Louis Valtrey, Histoire du collège de Porrentruy, p. 71, 82. — Histor. Prov. German. Superior., c. 50, n. 644 seqq., p. 359 seqq.

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