‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 229 sur 327 · IV MAI · texte numérisé non relu

IV MAI

Le quatrième jour de mai de l'an 1573, mourut à Rome dans la maison professe, à la fin de la troisième Cong-régation générale, le P. Lambert Auer, à peine âgé de trente-neuf ans. Dès le temps de son noviciat, bien qu'il n'eût encore que dix-huit ans, on le vénérait déjà comme un saint. A vingt-cinq ans, il enseignait à Vienne la théologie, et passait en même temps pour le meilleur prédicateur et l'apôtre de cette grande ville. Ses discours étaient remplis de l'esprit et de la force de Dieu, et faisaient une impression extraordinaire dans l'âme de ses auditeurs. L'Histoire de la Province d'Autriche rappelle entre autres le prodigieux ébranlement produit par son sermon sur la mort de l'impie Balthasar, frappé au milieu de ses orgies.

En 1560, le cardinal Gommendon avait demandé un jésuite pour l'accompagner dans sa légation d'Allemagne en qualité de théologien. Bien que le P. Auer n'eût pas encore vingt-sept ans, il fut désigné par le bienheureux Ganisius comme un des plus dignes de soutenir l'honneur de l'Eglise et de la foi romaine ; et peu de temps après, Gommendon écrivait au P. Laynez : « Partout où nous avons passé, la réputation de science et de vertu du P. Auer nous avait

précédés depuis longtemps ; quand nous n'aurions fait que montrer de près à la cour des princes protestants ce qu'est un vrai prêtre catholique et un jésuite, nous n'aurions pas perdu notre temps ». L'électeur de Brandebourg- fit disputer les plus savants docteurs et disputa lui-même à table contre le P. Auer sans l'avoir prévenu du sujet de la discussion ; il avoua ensuite au nonce que ce jésuite lui laissait bien des traits profondément enfoncés dans le cœur. Nommé peu après Recteur du collège de Mayence, le P. Auer y fit tellement fleurir les études, que les luthériens eux-mêmes lui envo3'aient en foule leurs enfants. Une horrible famine, qui désola tout le pays, fit éclater sa charité. Malgré l'excessive pauvreté de sa maison, il nourrit durant plusieurs mois cent pauvres et souvent jusqu'à cent cinquante chaque jour, et Dieu, pour récompenser sa confiance, ne le laissa jamais manquer de rien. Quand il se rendit à Rome pour la troisième Congrégation générale, il y porta cette haute réputation de sainteté et de science qui n'avait fait que grandir depuis le temps de son noviciat. Et comme l'on savait que le bienheureux P. Ignace d'Azevedo, avant de partir pour le Brésil, et le P. Lambert Auer, électeur de la Province du Rhin, avaient désigné l'un et l'autre le P. Everard Mercurian comme le plus digne de gouverner la Compagnie après saint François de Borgia, on ne craignit pas de dire publiquement : a Celui qu'ont désigné saint Ignace et saint Lambert est assurément l'élu de Dieu ; qiieni elegit sanctus Ignatius, quem elegit sanctus Lanibertus^ hune elegit Domiiius ».

Sacchinus, Histor. Societ. Jesu, part. 4^ , liù. 1, n. 37, p. 8. — SociiERus, Histor. Provinc. Austr., lib. 2, n. 71, p. 11; lib. 3, n. 37,

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