‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 23 sur 327 · XIII JANVIER. P. LADISLAS SENNYEY · texte numérisé non relu

XIII JANVIER. P. LADISLAS SENNYEY

des, ni sortir de sa chambre pour respirer un moment, il fut bientôt frappé de paralysie. Quand on lui permit enfin d'entendre la sainte messe, il fallut que deux prisonniers de la forteresse, touchés de compassion pour leur compagnon de captivité, s'offrissent à le porter tous les matins jusqu'à la chapelle, et à le rapporter ensuite dans sa cellule. Appelé devant ses juges pour être mis en liberté par ordre du Souverain Pontife Pie VI, le P. Rhomberg les supplia humblement de lui obtenir la grâce de rester jusquà sa mort dans sa prison : « Car j'ai ici, leur dit-il, deux charitables forçats, qui veulent bien me porter chaque jour au pied de l'autel, pour y recevoir Notre-Seigneur; et peut-être ne pourrais-je pas obtenir ailleurs la même consolation ». Cependant il dut se retirer avec quelques autres Pères dans une maison commune. Là, toute sa joie était d'apprendre que nos anciens Pères d'Allemao-ne travaillaient toujours avec le même cœur à la plus grande gloire de Dieu et au salut des âmes, en Suisse, en Saxe et ailleurs. Quand il sut que la Compagnie n'avait pas péri tout entière, il demanda et obtint la grâce d'être affilié aux Pères de la Province de Russie, et à sa mort, ceux-ci firent pour son àme les suffrages ordinaires.

BoERo, Menolog., 13 genn., p. 262. — Mederer, S. J., Annales Ingolstadiensis Acadeniiss..., t. Z, p. 180.

Le treizième jour de janvier de l'an 1702 mourut au collège de Tyrnau le P. Lauislas Sennyey, d'une noble famille hongroise.

Professeur de théologie, chancelier et Recteur des deux Universités de Gratz et de Tyrnau, Instructeur des Pères du troisième an, supérieur des missions militaires. Préposé de la maison professe de Vienne, trois fois député à Rome et enfin Provincial, il se signala toujours par un si parfait assemblage de qualités et de vertus, qu'il mérita d'être appelé « Gemma Societatis, la perle de la Compagnie ». Sa charité pour les siens était celle d'une mère; au premier symptôme de la maladie, il prenait l'alarme, et s'enquérait avec sollicitude de ce qui pourrait être nécessaire ou utile. Une de ses notices rappelle avec complaisance les améliorations et embellissements qu'il fit dans plusieurs maisons. C'est à son influence auprès de l'empereur et des magnats que la Compagnie, après un siècle entier de vaines tentatives, dut de voir enfin son existence et ses droits authentiquement reconnus par les Etats généraux de Hongrie, et sanctionnés par les lois du royaume. Avec les malheureux, le P. Sennyey était saintement libéral. Douze fois par année, à certaines fêtes plus solennelles, il leur faisait donner un grand repas dans les prisons ou dans les hôpitaux ; c'est ainsi, disait-il, qu'il accroissait les revenus de son collège.

Les seigneurs du royaume l'avaient en si haute estime, qu'ils tentèrent à plusieurs reprises de lui faire décerner les honneurs de l'épiscopat. Quand l'archevêque de Gran, primat de Hongrie, fut à son lit de mort, répondant à ceux qui lui demandaient entre quelles mains il pensait faire passer sa crosse: « Si vous voulez, leur ditil, me donner un successeur qui soit homme de doctrine et de sagesse, jetez les yeux sur le P. Ladislas Sennye}^; dans tout le royaume, vous n'en trouverez point qui lui soit comparable ». L'empereur Léopold disait de son côté qu'il souhaitait pour lui-même et pour

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