IV MAI. F. JOSEPH DARBELLAY
de lit ; plusieurs fois la semaine, je dors sur une planche. Si on me reprend, je ne dis rien pour m'excuser ni pour me défendre, à moins qu'on ne me l'ordonne expressément ».
Le F. Treûer passa trente-six ans dans la mission du Maragnon. Malheureusement nous n'avons aucun détail sur ses travaux et ses vertus pendant cette longue période. Nous savons seulement qu'il périt dans un naufrage. 11 était âgé de soixante-huit ans et en avait passé trente-neuf dans la Compagnie.
Litter. ann. Provinc. Austr. ann. 1738, ad calceni {Archiv. Rom.}. — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 368.
* Le quatrième jour de mai de l'an 1822, au noviciat de Brigue en Suisse, expira très saintement le F. Joseph Darbellay, novice Scolastique, né dans le Valais. 11 est le premier jésuite mort dans cette ville depuis le rétablissement de la Compagnie. On peut à bon droit, dit l'auteur de sa notice, lui appliquer l'éloge des Saints Livres : consumniatus in brevl, explevit temporel multa. Dès qu'il se fut enrôlé sous l'étendard de saint Ignace, il se signala par une rare énergie de vertu. Son Maître des novices, connaissant sa générosité, conspirait avec lui et ne lui ménageait pas les occasions de se vaincre et de s'humilier. Mais la première mortification du F. Darbellay était la parfaite observation de la règle ; il ne connaissait sur ce point ni faiblesse ni transaction. Jusque dans les bras de la mort, pour ainsi dire, il faisait son examen deux fois par jour, et l'obéissance seule put obtenir qu'il s'épargnât une telle
fatigue. Cette exactitude ne le rendait point austère ou chagrin ; nul au contraire n'était plus serviable et plus gracieux, surtout avec les nouveaux venus ; plusieurs assurèrent dans la suite être redevables de leur persévérance aux attentions et à la charité du F. Darbella3^
Une maladie implacable et douloureuse acheva de mettre en lumière la vigueur et la solidité de vertu du saint novice. Dans les crises les plus aiguës, il s'animait à la patience en chantant quelques versets des psaumes ou quelque strophe des hymnes de l'Église; il collait ses lèvres sur son crucifix avec des transports d'amour qui tiraient les larmes des 3^eux. Cependant Notre-Seigneur n'épargnait pas son serviteur ; parfois dans le temps même où il rejetait le sang à flots par le nez et la bouche, le moribond était en proie aux plus rudes assauts de l'enfer ; mais fort de sa confiance en Dieu, il triomphait de tout ; et dès qu'il pouvait parler, la prière qui s'échappait de ses lèvres était celle-ci : « Utinam mori possem ex amore Jesu ; puissè-je mourir de l'amour de Jésus » ! Enfin la terrible lutte cessa, et le vaillant disciple de la croix alla recevoir le prix de sa victoire. Cette mort produisit le plus salutaire effet parmi les pensionnaires du collège auquel était joint le noviciat ; plusieurs, animés d'une sainte envie, déclarèrent qu'ils voulaient s'enrôler sous le même drapeau pour mourir à leur tour en prédestinés. Le F. Darbellay était dans la vingt-deuxième année de son âge ; il avait passé environ vingt mois au noviciat.
Summar. vitœ defunct. Provinc. German. {Archiv. Rom.}.