XVI MAI
Le seizième jour de mai de l'an 1643, mourut au collège de Klattau le P. Albert Ghanowski, surnommé par les historiens de la Compagnie le Xavier de la Bohême, et digne en effet par sa sainteté, ses travaux et ses miracles, d'être comparé au glorieux apôtre de l'orient. Rien n'est plus touchant et en même temps plus admirable que la vie de ce missionnaire. Pendant plus de vingt ans, bien qu'il fût en proie aux douleurs de la goutte et à d'horribles déchirements d'entrailles, et que ses jambes fussent couvertes de plaies, il ne cessa de se traîner de village en village, toujours à pied, à moins que pour s'humilier, il ne montât sur la charette de paille ou de fumier de quelque paysan. Rien ne pouvait l'arrêter, ni les neiges et les glaces de l'hiver, ni les ardeurs de l'été. Dieu le soutenait visiblement. Il marchait souvent douze heures de suite, jeûnant au pain et à l'eau et demeurait parfois trois jours de suite sans nourriture ; il semblait que la fatigue fût son élément ; les remèdes et le repos ne faisaient qu'accroître ses infirmités. La nuit était presque tout entière consacrée à l'oraison. Un de ses compagnons, après avoir couché une année
entière dans la même chambre, déclara l'avoir toujours vu à genoux et s'entretenant avec Dieu, à quelque heure qu'il s'éveillât.
A son entrée dans les villages, le saint homme entonnait un cantique, particulièrement celui qui a conservé son nom: Mon âme, ne t'éloigne pas de ton Dieu. Et comme le peuple des campagnes de la Bohême était passionné pour le chant, les petits enfants accouraient aussitôt, suivis de leurs parents. Le missionnaire se dirigeait alors avec eux vers réglis"e~ou, s'il n'y en avait point dans le village, il réunissait son auditoire autour d'une croix. Les enfants jouaient un grand rôle dans les exercices de ses missions : concertations ou disputes publiques entre ses jeunes auxiliaires, dans les rues ou sur les places habitées par les hérétiques, au sujet de tout ce que doit croire et pratiquer un chrétien, chant des cantiques, représentations des grandes vérités et des saints mystères : tous ces moyens, habilement mis en œuvre, avaient une efficacité merveilleuse.
Cet homme, si dur à lui-même, était rempli pour les autres, et en particulier pour ses frères, de la plus exquise charité. Dans un temps où le collège de Prague, à la suite des guerres, était réduit à une sorte de famine, on le vit, sans égard pour son âge, ses infirmités, l'étonnement et peut-être les moqueries des hommes, rassembler dans les campagnes de Pilsen et de Prachin plusieurs centaines d'oies et, la baguette d'une main et le rosaire de l'autre, conduire lui-même, non sans de grandes fatigues, son indocile troupeau jusqu'au collège, à travers les rues de la ville, heureux d'apporter ainsi quelque adoucissement aux souffrances des affamés.
Dans ses courses apostoliques à la conquête des âmes, le P. Gha-