XVII MAI
*Le dix-septième jour de mai de l'an 1725, mourut au collège de Gratz qu'il gouvernait pour la seconde fois le P. Jacques Wenner, de Raab en Hongrie. Dès son noviciat, il montra qu'il voulait être de ceux dont parle notre Bienheureux Père, qui suivent sérieusement Notre-Seigneur. Dans la science comme dans la vertu, il se proposa de n'être médiocre en rien. Ses contemporains affirment qu'il tint parole ; ils le comparent sans hésiter aux plus grands hommes de sa Province. Après avoir été fervent novice, Jacques Wenner se montra fervent Scolastique et fervent professeur, menant de front avec le même zèle l'étude des sciences et celle de sa perfection. Après avoir enseigné les belles-lettres, il occupa successivement les chaires de philosophie et de théologie morale et scolastique à Lintz, Klagenfurt, Gratz et Vienne, fut nommé chancelier de l'Université de Tyrnau, Recteur de la même université et des collèges de Gratz et de Vienne, et enfin gouverna la Province entière, qui était alors dans toute sa prospérité et comptait jusqu'à quinze cents membres.
Dans ces charges diverses, le P. Wenner fit paraître les riches qualités qu'il avait reçues de Dieu et développées en lui par sa coopération à la grâce : une prudence consommée dans les conseils, une constance inébranlable à poursuivre ses desseins en dé-
pit de tous les obstacles, une rectitude parfaite qui ne s'inspirait que de la volonté de Dieu et de l'Institut de la Compagnie, enfin une sagacité étonnante pour parer d'avance à toutes les éventualités. A ces qualités il joignait une tendresse de cœur et une charité dignes de saint Ignace. Ses inférieurs l'aimaient comme un père. S'il ne les laissait pas s'endormir dans la médiocrité et les animait sans cesse à la perfection, il savait aussi entretenir en eux la joie et la dilatation de l'âme et leur procurait d'une main libérale tout ce qui leur était nécessaire ou utile. C'est ainsi que durant un de ses rectorats à Gratz, il fit construire sur une des terres du collège appelée Herberstorff, une maison vaste et commode, où les Pères pourraient prendre quelque repos pendant les vacances d'automne.
Cet homme si large pour les autres était pour lui-même d'une sévérité presque excessive. Ses abstinences étaient rigoureuses, ses flagellations sanglantes. Les sept derniers mois de sa vie furent une espèce de martyre, tellement ses souffrances étaient vives et continuelles. Parfois ceux qui allaient le visiter le trouvaient gémissant et versant des larmes ; et comme quelques-uns, connaissant sa force d'âme et son amour de la croix, paraissaient s'en étonner et lui demandaient la cause de cette tristesse : « Je pleure mes péchés », répondait avec humilité le saint malade. Jusqu'au dernier moment, le P. Wenner demeura fidèle à lui-même ; et enfin, dit l'historien qui nous a conservé ces détails, il alla prendre place au ciel dans les rangs de la Compagnie triomphante. Il était âgé de soixante-six ans et en avait passé cinquante-et-un en religion.
liAZY, Histor. Utiiversit. Tyrnav., p. 313. — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 395. — SoMMERVOGEL, Biblioth., t. 8, p. 1071.