XXXI MAI. — P. MARTIN IGNACE
même, mais il ne se lassait pas de lutter. Durant les deux dernières années de sa vie, ses compagnons avaient été- plus particulièrement frappés des fruits de cette généreuse ardeur à se vaincre et de son union visible avec Dieu.
Le F. Martin Ignace était depuis longtemps en odeur de sainteté ; comme le vénérable sacristain de Quito, directeur de la bienheureuse Marianne de Jésus, il avait aussi reçu l'ordre d'accepter la conduite de quelques Ames d'élite qu'il fit parvenir en peu de temps à une très haute perfection. Lui-même ne trouvait de bonheur qu'à prier et à souffrir pour Dieu ; il semait son lit d'épines, afin de ne pas rester sans douleur, même en prenant son repos. Sa charge de sacristain lui était d'un grand secours pour renouveler à chaque instant ses hommages à la Reine du ciel et à Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie. Il avait reçu plusieurs fois de la bouche de la très sainte Vierge l'assurance formelle du martyre. Visitant un jour un pieux sanctuaire de Notre-Dame, près de Cracovie, lorsqu'il était encore dans le monde, il entendit, et plus de deux cents Polonais entendirent distinctement avec lui, ces paroles : « Tu seras martyr ». Peu de jours avant sa mort, Marie lui renouvela sa promesse, dans notre église de Kuttenberg : « Sois assuré que bientôt tu verseras ton sang pour mon fils ». Le F. Ignace était âgé de soixante-trois ans ; il en avait passé quarante-deux dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provinc. Boheni., t. 4, lib. 3, n. ,39 seqq., p. 578 seqq.
— Balbinus, Bohemia Sancta^ n. 131, p. 214. — Patric.nani, Menol.^ 31 maggio, p. 215. — Nad.vsi, Ann. clier. memor., 31^ w««, p. 291. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 31a niaii, p. 207. — Alegambe, Mortes illustres, p. 538.
— Math. Tanner, Societas Jesu militans, p. 112.
* Le trente-et-unième jour de mai de l'an 1696, mourut à Coblentz, en revenant de la Congrégation provinciale, le P. Jean Scheffers, du diocèse de Cologne. « C'était, dit l'annaliste de sa Province, un religieux entièrement mort au monde et à lui-même et vivant uniquement pour Dieu ». A force de maltraiter son corps, il en était venu à perdre presque entièrement le sentiment de la douleur. Sa mortification intérieure était plus parfaite encore. Les témoins de sa vie affirment n'avoir jamais surpris en lui un mouvement qui trahît une affection peu réglée. Aussi les personnes du dehors ellesmêmes l'appelaient- elles le saint, l'homme parfait. A ses derniers moments, le P. Jean Scheffers sentit son âme inondée d'une joie céleste ; s'adres sant aux Pères et Frères qui priaient autour de lui : « Oh ! qu'il est bon, dit-il le visage rayonnant, d'avoir servi Dieu seul I Quelle consolation à la mort » ! Il s'endormit peu après du sommeil des justes à l'âge de soixante-douze ans, dont il avait passé cinquante-trois dans la Compagnie.
Suinmar. vitee defunctor. Provinc. Rheni Inferior. [Archiv. Rom.).
DE
ASSISTANCE DE GERMANIE
PREMIÈRE SÉRIE
I«r JUIN
Le premier jour de juin de l'an 1616, mourut à Munster le P. Régnier MoRRENHOVEN, professeur de g-rammaire et procureur à peu près toute sa vie. Il joignait aux occupations de ce double emploi les confessions des enfants et des pauvres auxquelles il se portait avec un zèle et une charité admirables. Il affronta deux fois la mort en temps de peste. C'est dans la pensée des choses célestes qu'il cherchait l'unique soulagement de ses fatig-ues. Dieu montra combien cet humble et pieux dévouement lui avait été agréable ; car peu de jours avant sa mort, ainsi qu'il en fit la confidence à un de ses amis, le P. Morrenhoven crut entendre comme un concert angélique qui l'invitait au repos et à la félicité du ciel. Il
mourut à l'âge de cinquante-neuf ans, dont il avait passé trentecinq dans la Compagnie.
Reiffenberg, Histor. Provinc. Rheni Inferior., lib. 15, n, 81, p. 539.
Le premier jour de juin de l'an 1632, le Frère Coadjuteur Blai- SE ScHOELLiNG fut martyrisé par les Suédois, dans la petite ville d'Ebersberg, où il remplissait les fonctions d'acheteur et de dépensier depuis trente-sept ans. A l'approche des hérétiques, nos Pères et Frères s'étaient dispersés par obéissance ; mais pour dérober, autant que possible, à la rapacité sacrilège des ennemis la tête et le trésor de saint Sébastien, conservés dans notre église, le F. Schoelling reçut l'ordre de demeurer à son poste, et il obéit avec joie, malgré l'imminence du danger. En effet, les Suédois, également avides de profanation et de pillage, le menacèrent des plus affreux supplices, s'il ne leur livrait sur-le-champ son précieux dépôt. Comme il s'y refusait généreusement, ils le dépouillèrent et le flagellèrent sans pitié, puis le lièrent à un poteau, comme le saint martyr dont il défendait les reliques, et enroulant de petites cordes autour de sa tête, ils les serrèrent violemment, avec une sorte de moulinet jusqu'à ce que les yeux lui jaillissent de leurs orbites. Ils ne l'achevèrent enfin d'un coup de sabre qu'après l'avoir rassasié d'outrages et couvert de sang.
Ce bienheureux Frère avait une dévotion toute particulière à la sainte Eucharistie. Chaque jour il assistait à deux ou trois messes avec une ferveur angélique ; et depuis plus de trente an-
l*"" JUIN. — F. SCHOELLING. '^89
nées, il dérobait au moins une heure au sommeil, toutes les nuits, pour faire oraison. Le F. Schoelling était âgé de soixante-dix-sept ans, il en avait passé cinquante-trois dans la Compagnie.
Summar. vitse defunctor. Prov. Gerni. Super, anno 1632 (Archiv. Rom.}.
— Histor. Provinc. German. Superior.^ t. 5, dec. 10, n. 144 seqq., p. 66.
— Alegamp , Mortes illustres, p. 413. — Math. Tanner, Societ. Jesu tniliians, p. lOo. — Nadasi, Ann. dier. mentor., \^ jun.., p. 294. — Patrignani, MenoL, 1 giugno, p. 3.