XXIX JUIN. — P. ANSELME ECKART
son arrivée au Brésil, il fut arraché à ses missions , transporté en Portugal, et jeté successivement dans les cachots d'Almeida et du fort Saint-Julien, où il languit dix-huit ans.
Lui-même a raconté ses souffrances et celles des nombreux Jésuites de toute nation, portugais, espagnols, allemands, italiens, français et anglais, que le ministre de Joseph I^'" avait entassés dans ces ténébreuses et horribles prisons. « Tant que je vivrai, avait dit le persécuteur, ces gens-là ne verront point le soleil ». Cependant Dieu ne permit pas que ce serment brutal fût pleinement accompli. A la mort de Joseph I*"" en 1777, Pombal tomba en disgrâce et dut quitter la cour, chargé de la haine et de l'exécration publiques. Ses victimes reparurent alors à la lumière, au milieu des témoignages de l'allégresse et de la vénération universelles. Le P. Eckart reprit le chemin de l'Allemagne.
La Compagnie de Jésus, supprimée depuis quatre ans par le bref de Clément XIV, était demeurée vivante en Russie. Le désir de terminer ses jours sous la douce autorité et dans le sein de celle qu'il aimait d'autant plus qu'il avait plus souffert pour elle, lui fit solliciter la faveur de redevenir son enfant, et pendant trentedeux ans encore, il eut la consolation de porter ses chères livrées. Après avoir rempli la charge de Maître des novices à Dûnabourg, il fut envoyé au collège de Polotsk pour s'y reposer saintement de tant de persécutions en attendant l'appel de Dieu. C'était, disent les traditions, un spectacle plein d'édification de voir ce vénérable confesseur de Jésus-Christ, le dernier survivant peut-être des cruautés de Pombal, conserver dans son extrême vieillesse cette même vigueur d'àme qui l'avait autrefois conduit dans les missions et soutenu dans sa captivité ; et par amour de la règle et de la
discipline religieuse, se traîner péniblement le long des murs pour assister avec ses frères à tous les exercices de la vie commune. Le P. Eckart s'éteignit enfin plein de jours et de mérites dans la quatre-vingt-neuvième année de son âge et la soixante-dixième depui§ son entrée dans la Compagnie.
Carwon, Documents inédits...^ Les prisons du marquis de Pombol^ p. XXIX, 113, 283, 327. — Sommervogel, Biblioth., t. 3, p. 330. — Chris- TOPH Von Murr, Journal..., t. 1, p. 295 et suiv.